Les « cercles de Lune », rituels païens dédiés au « féminin sacré » se multiplient en France. Ils attirent un nombre croissant de femmes en quête de spiritualité et de sororité. Ces rencontres promettent la reconnexion au corps, à la nature et à une « énergie féminine » supposément oubliée. Mais derrière cette apparente bienveillance, les associations de lutte contre les dérives sectaires tirent la sonnette d’alarme.
Dans son dernier rapport la Miviludes évoque une recrudescence des signalements liés à ce « retour du corps sacré ». L’Unadfi confirme recevoir de plus en plus d’alertes concernant ces pratiques, souvent encadrées par des « chamanes » autoproclamées. Selon les spécialistes, ces stages reposent sur des mécanismes connus : promesse de communauté, mise en scène d’une forte sororité et usage du « love bombing », cette démonstration d’attention et d’affection qui peut favoriser l’emprise.
Dans un contexte post-MeToo, marqué par la montée du masculinisme, beaucoup de participantes disent chercher un espace féminin rassurant. Mais cette quête s’accompagne d’un discours qui essentialise la femme, ramenée à son utérus présenté comme « centre d’énergie » et source de puissance intérieure. Une vision jugée excluante, notamment pour les femmes transgenres ou celles ayant subi une hystérectomie.
Pour certains observateurs, le « féminin sacré » entretient un flou avec le féminisme. En valorisant une nature prétendument spirituelle des femmes et en encourageant parfois des reconversions vers des activités jugées plus « féminines », ces pratiques peuvent enfermer dans des rôles stéréotypés plutôt que favoriser l’émancipation. Des participantes, comme Ella, disent avoir d’abord cherché le lien avec d’autres femmes avant de prendre leurs distances. Sans avoir vécu de dérive manifeste, elle s’est sentie mal à l’aise face à l’idée que certaines carrières seraient « masculines » et d’autres plus conformes à la « condition de femme ». Preuve que, derrière les promesses de libération, les cases proposées peuvent se révéler étroites.
(Source : 20 Minutes, 31.01.2026)
A lire aussi sur le site de l’Unadfi : Féminin sacré : Que sait-on de ? : https://www.unadfi.org/wp-content/uploads/2025/07/Feminin-sacre-Que-sait-on-de.pdf
