Le médecin et écrivain Christian Lehmann aborde la polémique autour de la prise en charge du Covid long en France qui concerne deux millions de personnes.
Lors d’un colloque organisé fin avril à Paris par le Long Covid EU Project, des malades ont interrompu les interventions pour dénoncer des approches jugées réductrices, comme les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou la méditation, présentées comme solutions par certains chercheurs. Ces derniers, s’appuyant sur l’absence de biomarqueurs ou de lésions organiques détectables dans les analyses sanguines ou tissulaires, suggèrent que les symptômes du Covid long (essoufflement, brouillard cognitif, faiblesse musculaire) seraient liés à un cerveau « bloqué en mode défense », envoyant des signaux erronés.
Cependant, cette thèse est contestée. Dominique Salmon-Ceron, ancienne professeure de maladies infectieuses et présidente du groupe d’experts sur le Covid long à la Haute Autorité de Santé, souligne que des progrès récents ont permis d’identifier des dysfonctionnements métaboliques cellulaires, des fragments d’ARN viral chez 60 % des patients, ou des atteintes objectivables (troubles du système nerveux autonome, réactions pseudo-allergiques, lésions des petites fibres nerveuses). Elle insiste sur l’existence de traitements adaptés (médicaments, rééducation respiratoire ou cognitive) et qualifie de « perte de chance » le fait de ne pas les proposer.
Jérémie Naudé, neurobiologiste au CNRS, critique quant à lui le manque de rigueur scientifique de l’explication par le « cerveau en mode défense », comparant cette approche à un transfert de responsabilité vers les patients. Il rappelle que des maladies comme Alzheimer ont longtemps été considérées comme psychologiques avant que des biomarqueurs ne soient identifiés. Pour lui, cette vision individualise un problème collectif, évitant ainsi de financer la recherche ou les soins nécessaires.
Lehmann souligne enfin les enjeux sociaux et économiques du Covid long : arrêts de travail, reconversions professionnelles forcées, et une demande de reconnaissance institutionnelle. La thèse du « cerveau en mode défense » risque, selon le médecin, de minimiser la souffrance des patients et de détourner l’attention des solutions structurelles, comme le financement de la recherche ou l’aménagement des conditions de travail.
En France, selon France Travail, plus de deux millions de personnes sont concernées par une forme de Covid long.
(Libération, 07.05.26)
A lire aussi sur le site de l’Unadfi : mise en garde contre le remède de G.Paltrow pour traiter le Covid Long. https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/mise-en-garde-contre-le-traitement-de-gwyneth-paltrow-pour-traiter-le-covid-long/?highlight=covid%20long
