La médecine prophétique islamique prospère dans les angles morts du système de santé

La Miviludes alerte sur l’essor en France de la « médecine prophétique » islamique, notamment la roqya (exorcisme coranique) et la hijama (saignées par ventouses), présentées comme des pratiques thérapeutiques mais régulièrement dénoncées pour leurs dérives. Plusieurs affaires judiciaires récentes à Nice, Bordeaux, Thann ou Rennes ont conduit à des condamnations pour exercice illégal de la médecine, escroquerie ou pratiques commerciales trompeuses.

Ces pratiques reposent sur des croyances religieuses attribuant certaines maladies à des djinns, à la sorcellerie ou à des causes spirituelles. Les praticiens proposent des traitements mêlant récitations coraniques, saignées, produits dits « prophétiques » (huile de nigelle, eau « coranisée », miel, etc.) et parfois des méthodes issues des médecines alternatives. Aucun de ces soins n’est reconnu scientifiquement ni encadré légalement.

La Miviludes signale une hausse importante des dérives liées à la santé et au bien-être au sein des communautés musulmanes pratiquantes et sur les réseaux sociaux. Les signalements concernant ces pratiques ont fortement augmenté ces dernières années, dans un contexte de développement général des médecines alternatives en France. Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans leur diffusion, avec des milliers de contenus promouvant la hijama ou la roqya, parfois relayés par des personnalités publiques comme les footballeurs Benzema et Neymar.

La fragilité du système de santé français favoriserait ce phénomène : dans les territoires touchés par les déserts médicaux, ces praticiens offrent une proximité, des horaires souples et une approche perçue comme culturellement ou religieusement adaptée. La défiance envers la médecine conventionnelle depuis la pandémie de Covid-19 contribuerait aussi à cette progression.

Plusieurs cas graves sont évoqués : une femme tombée dans le coma après avoir absorbé de très grandes quantités d’eau lors d’une séance de roqya, des blessures lors d’exorcismes ou encore des agressions sexuelles commises sous couvert de soins spirituels. Les autorités sanitaires rappellent les risques liés à la hijama pratiquée sans encadrement médical : infections, hémorragies, lésions ou contaminations.

Face à ces dérives, la loi française a été renforcée en 2024 avec de nouvelles sanctions contre l’incitation à abandonner des soins médicaux et contre l’exercice illégal de la médecine. Toutefois, les autorités peinent à contrôler un secteur largement informel, organisé localement ou via internet et les réseaux sociaux.

La Grande Mosquée de Paris a elle-même alerté en 2025 sur les abus financiers et les dérives sectaires liés à certaines pratiques de roqya, tout en reconnaissant l’absence d’autorité centralisée capable d’encadrer efficacement ces activités.

(L’essentiel de l’Eco, 16.05.26)

  • Auteur : Unadfi