L’anthroposophie et la vaccination

Les récents cas d’épidémie de rougeole ont mis en évidence une catégorie de la population opposée à la protection vaccinale. Ce phénomène d’origine idéologique et culturel est un véritable casse-tête pour les acteurs de la santé publique qui peinent à trouver les arguments pour l’endiguer. Il touche notamment les parents des écoles Steiner Waldorf1 auxquels s’est intéressée Elisa Sobo, anthropologue à l’Université d’État de San Diego (Californie).

Cette universitaire a choisi ces écoles pour leurs taux élevés d’enfants non vaccinés. Dans l’établissement où Elisa Sobo a fait son étude, plus de la moitié des parents (généralement instruits) avaient obtenu l’autorisation de ne pas faire vacciner leurs enfants pour « croyances personnelles ». Elle a constaté qu’ils avaient, en partie, fait le choix de l’établissement pour cette raison et qu’une fois les enfants scolarisés, leur croyance était renforcée par la culture de l’institution. Les arguments de leur opposition à la vaccination se structurent. Alors qu’ils se targuent d’être de libres penseurs profondément méfiants à l’égard des responsables du gouvernement et des grandes entreprises, ils fusionnent autour d’une norme culturelle et d’une identité commune qui accentuent leur position anti-vaccination et écartent ceux qui en dévient.
La pédagogie de Steiner soutient que les maladies infantiles contribuent au renouvellement cellulaire et à la croissance, et renforcent le système immunitaire. Outre les prétendus « avantages à contracter ces maladies », les parents des écoles Waldorf fustigent « ceux qui font, vendent et distribuent les vaccins » et mettent en avant les prétendus effets secondaires des vaccins et leur prétendue toxicité. Même si le concept anthroposophique et les arguments anti-vaccination ne sont pas exactement intégrés dans les programmes Waldorf, ils sont largement diffusés via les réseaux sociaux de la communauté scolaire.

Elisa Sobo relèvent deux contradictions. Premièrement, les enseignements Waldorf qui s’arrogent un caractère social passent les personnes malades au second plan. Deuxièmement, comment parler de liberté d’esprit quand l’anti-vaccination est quasiment imposée comme une norme puisque, y contrevenir menace l’appartenance au groupe.
L’anthropologue est convaincue qu’il faut entreprendre des campagnes de prévention à destination de ces parents et leur faire comprendre notamment que la vaccination est un moyen naturel de stimuler le système immunitaire de leurs enfants.

(Source : Pacific Standard, Tom Jacobs, 26.05.2015)

(1) Réseau international d’écoles alternatives prônant la doctrine anthroposophique de Rudolf Steiner.