Déçus par Montessori

La pédagogie Montessori1 a le vent en poupe depuis quelques années. En France, elle est pratiquée dans plus de 200 établissements privés hors contrat. Une dizaine de familles accusent l’une de ces écoles de leur avoir « vendu quelque chose d’extraordinaire » qui s’avérait en fait n’être « qu’un mirage » et ont décidé de retirer leurs enfants.

Deux mères de famille de la région parisienne ont été surprises par le manque de cadre et de limites qui aurait permis à un élève de pratiquer des attouchements sexuels sur ses camarades.

Une autre mère déclare que les enfants ont été psychologiquement affectés. Les enfants présentaient des signes « d’insécurité affective émotionnelle » ayant contraint leurs parents à les amener chez un psychologue. Le retour en école classique a réglé leur problème.

La directrice de l’établissement déclare, contrairement aux allégations des parents, qu’à aucun moment elle ne s’est sentie dépassée. Elle affirme que les inspecteurs de l’Education nationale auraient approuvé la gestion de son établissement, mais les parents ne semblent pas convaincus.

Sur les 200 établissements appliquant la pédagogie Montessori, seuls 15 ont signé une charte avec l’Association Montessori France qui recommande aux parents de privilégier les écoles où exercent des éducateurs diplômé « Montessori International » 2.

(Source : France Info, 03.05.2019)

1. Méthode d’éducation créée en 1907 par Maria Montessori (1870-1952).

2. La seule formation agréée par l’Association Montessori internationale (AMI) est en effet celle délivrée par l’Institut supérieur Maria Montessori (ISMM). Selon le site de l’Institut, il existe 3 formations d’éducateurs pour les enfants de 0-3 ans, les 3-6 ans et les 6-12 ans coûtant 9.900 euros pour les deux premières, 10.875 pour la dernière

À savoir

Dans son article, Montessori et la Casa dei Bambini : Dimensions idéologique, épistémologique et spirituelle de la méthode1, Serge Franc a tenté de montrer que si la méthode présente un intérêt, certains points nécessitent selon lui une clarification. Il a notamment étudié la scientificité de la méthode, ainsi que ses dimensions idéologique, religieuse, spirituelle et ésotérique.

En voici quelques extraits :

L’approche innéiste, selon laquelle tout est « déjà là » et ne demanderait qu’à se révéler selon un Grand Plan Cosmique reste, aux marges d’une philosophie déterministe, religieuse ou New Age, fortement discutable à l’école laïque de la République.
Son mode de pensée basé sur la relation cosmique tient d’une confluence de points de vue entre catholicisme et théosophie qui animera l’oeuvre de Montessori pendant plusieurs décades.

J. M. Cossentino2 a étudié le concept dans la méthode. Se référant au deuxième stade de développement théorisé par Montessori (6-12 ans), basé sur l’abstraction et la moralité, elle fait remarquer que l’« éducation cosmique » a pour but de faire prendre conscience à l’enfant de sa « tâche cosmique » et « C’est ici, précise l’auteur, que l’héritage culturel personnel de Montessori, d’abord en tant que catholique romaine et plus tard comme adepte de la Théosophie est le plus évident. »

Pour Montessori, « La personnalité de l’homme n’est pas le résultat de l’éducation, c’est un fait cosmique ; il est voulu par la nature. Ce n’est pas le résultat de la contrainte, c’est le fait de la Création, pas de l’éducation. »

Ces propos soulignent le fait que la méthode a été pensée et construite sur un modèle à la fois innéiste et déterministe, basée de façon dogmatique sur un plan cosmique divin, justifiant par cela même que celle-ci n’ait pas évolué depuis sa création.
Pour Cossentino, la cohésion sociale dans un ordre cosmique conduisant à la perfectibilité humaine par l’élévation des vertus plutôt que par les relations sociales est plus du registre du catéchisme que de l’école.

1. Lire l’article dans son intégralité : https://journals.openedition.org/trema/4369

2. Cossentino, J. M. (2006). Big Work: Goodness, Vocation, and Engagement in the Montessori Method. Curriculum Inquiry, 36(1), 63-92.