RDC / Les églises de réveil : un business lucratif

Aujourd’hui, à Kinshasa, « les églises de réveil rapportent plus qu’une boîte de nuit ». C’est ce qu’assure Mwinyi Hamza Badjoko, anthropologue. Les congolais sont prêts à se priver pour offrir de l’argent à leur « berger » considérant ce sacrifice comme un acte de foi. Cette générosité enrichit les pasteurs tel Pascal Mukuna, pasteur très populaire qui traverse la ville avec des voitures de plus de 55 000 euros.


Ces églises font florès dans la capitale congolaise. On en compterait jusqu’à 2 à 3 par rue. Gilbert Shimba, docteur en théologie et professeur en sociologie des religions, explique que « le phénomène s’est développé au début des années 1970 avec le mouvement du Renouveau charismatique apparu au sein des églises traditionnelles. Elles sont issues à la fois de mouvements évangéliques, pentecôtistes, charismatiques et prophétiques.

Créer une église à Kinshasa est aussi devenu le moyen de créer son entreprise. Dans un pays où le taux de chômage est très important, certains congolais trouvent dans le statut de pasteur une reconnaissance sociale. Le pasteur n’est plus uniquement celui qui délivre les sacrements, il est le sauveur, un relai social capable de remplacer la famille et les structures étatiques défaillantes.

A grand renfort de campagnes d’évangélisation, de journées de guérison, de veillées de prière, de vente de produits dérivés, les pasteurs parviennent à maintenir une emprise sur la population, à grossir les rangs des fidèles et à faire fructifier leur business lucratif.

Leur influence n’a pas échappé aux politiques. Ils attirent à eux ces pasteurs qui, à leur tour, sont en capacité de drainer des foules et remplir des stades contre quelques billets de banque.

Pour Mwinyi Badjoko, les pasteurs peuvent dormir tranquille : « les églises servent aujourd’hui à absorber la frustration d’une population qui a besoin de trouver la solution à ses problèmes » et l’espoir qu’elle place dans ses pasteurs, « c’est tout ce qui lui reste ».

L’exemple de Papa et Maman Olangi, le couple de prédicateurs le plus riche d’Afrique

Un couple de prédicateurs congolais Elisabeth Wosho et Joseph Olangi sont les leaders d’une église pentecôtiste très populaire, le Ministère du Combat Spirituel. Inspirée des enseignements d’un prédicateur évangélique très controversé, T. L. Osborn, la doctrine rend le diable « responsable de tous les maux de la société dont, bien entendu, la pauvreté, le chômage, la stérilité et le célibat ». Ils tiennent pour coupable nombre d’« enfants sorciers », lorsque des malheurs surviennent dans les familles. Ils recommandent jeûne et prière pour se délivrer du diable.

À l’origine Elisabeth Wosho s’adressait aux femmes à travers une structure qu’elle a créée : la Communauté internationale des femmes messagères du Christ (CIFMC). Elle leur proposait des solutions à leurs problèmes de couple, leur apprenait à résister à la tentation du divorce et surtout « comment se tenir dans le mariage ».

Ce couple est aujourd’hui vénéré par des milliers de fidèles, hommes et femmes, à travers le monde. À Kinshasa, ils sont près de 50 000. Leur affaire est devenue lucrative ; le couple possède un patrimoine immobilier dans différents pays. Papa et Maman Olangi « seraient l’un des couples de pasteurs les plus riches du continent ».

Source : Jeune Afrique, Trésor Kibangula, 06 & 07.02.2014