Une ex-adepte révèle un système de recrutement très organisé

Une ancienne membre de l’Église Shincheonji affirme que l’organisation déploie des « équipes de forces spéciales » dans plusieurs villes australiennes pour recruter activement de nouveaux fidèles et étendre son influence.

Déjà qualifiée de « secte chrétienne apocalyptique », Shincheonji avait fait l’objet d’une enquête de la chaîne ABC, qui révélait que ses membres subissent un conditionnement intense et consacrent l’essentiel de leur temps à recruter, convaincus d’accomplir une mission divine. Les adeptes croient que le retour de Jésus est imminent et que seuls ceux ayant entendu la « vraie parole » transmise par le fondateur Lee Man-hee, 94 ans, seront sauvés.

Selon Cassie, qui a quitté le groupe après près de trois ans d’adhésion, l’organisation envoie ses membres les plus dévoués dans des villes comme Ballarat, Bendigo, Darwin, Geelong ou encore Melbourne pour implanter de nouvelles églises. Des documents obtenus par ABC décrivent un système de recrutement minutieux ciblant notamment des chrétiens dans des lieux publics comme les universités et centres commerciaux. Les recruteurs collecteraient des informations personnelles détaillées sur leurs cibles (loisirs, aspirations, entourage) afin d’élaborer une stratégie d’approche. Une section intitulée « serpent potentiel » identifierait les proches susceptibles de freiner l’adhésion. Plusieurs universités australiennes ont émis des alertes concernant ces pratiques, qualifiées de « manipulatrices et nuisibles ».

Cassie décrit un système où les membres, épuisés, recrutent « du matin au soir », parfois au point d’abandonner leurs études. Les plus engagés rejoindraient ces « équipes spéciales ». Ils vivraient en colocation dans des conditions précaires. Son départ a été déclenché par des discussions bibliques avec son père, qui lui ont fait percevoir « les failles de la doctrine ». Mais quitter le groupe s’est accompagné d’un « bouleversement émotionnel », ses relations extérieures ayant été fortement dégradées par des années d’isolement.

Ces témoignages s’inscrivent dans le cadre d’une enquête parlementaire victorienne sur les méthodes des groupes à contrôle coercitif, qui a reçu 286 dossiers, dont plusieurs concernant Shincheonji. Des parents y décrivent des enfants devenus « méconnaissables », financièrement dépendants et en mauvaise santé après avoir rejoint l’église. Certains témoignages évoquent des dons d’argent importants, un manque chronique de sommeil, voire des hospitalisations.

Shincheonji, qui revendique plus de 300 000 membres dans plus de 100 pays, rejette l’étiquette de secte et invoque la liberté religieuse. Enregistrée comme organisation caritative à Melbourne, elle bénéficie d’un cadre juridique qui protège nombre de ses activités. Le rapport final de l’enquête est attendu pour septembre 2026. 

(Source : ABC News, 15.01.2026)

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  • Auteur : Unadfi