Derrière la façade d’une école de yoga au cœur de Lisbonne se cache toujours l’antenne portugaise d’un vaste mouvement international dirigé par Gregorian Bivolaru, fondateur du MISA. Un mouvement soupçonné de trafic d’êtres humains, d’enlèvements et d’abus sur personnes vulnérables.
Recherché depuis des années par plusieurs polices européennes, le gourou roumain Gregorian Bivolaru a finalement été arrêté à Paris le 28 novembre 2023 lors d’un raid coordonné mobilisant plus d’une centaine de policiers. Il a été placé en détention provisoire, où il se trouve toujours, dans l’attente de son procès.
L’enquête française, appuyée par la Miviludes, avait débuté en 2022 après les plaintes de douze anciens membres du mouvement. Parmi les victimes présumées figurent de jeunes Portugaises recrutées à Natha, une école de yoga et de tantra ouverte à Lisbonne en 2009.
Plusieurs anciennes élèves, dont les témoignages sont recueillis dans le podcast Os Segredos da Seita do Yoga du quotidien Observador, décrivent une mécanique d’emprise progressive. À leur arrivée, l’accueil est chaleureux, presque euphorisant. Fragilisées par des parcours personnels difficiles, elles trouvent dans l’école un refuge, un sentiment d’appartenance et une promesse d’élévation spirituelle. Les cours de yoga mènent peu à peu vers le tantra, présenté comme une voie sacrée d’expansion de la conscience. Mais les règles se durcissent, avec un contrôle alimentaire strict et une discipline quotidienne intense. Pour progresser spirituellement, les élèves sont encouragées à rejoindre l’ashram, et sa vie communautaire régie par une multitude de règles, de tâches obligatoires et de rituels. L’isolement social s’installe progressivement. La vie tourne entièrement autour du groupe. Les étudiantes consacrent des heures aux méditations collectives, aux tâches domestiques et aux retraites. Beaucoup finissent par s’éloigner de leurs familles et abandonner leur emploi. Le contrôle passe aussi par des « initiations secrètes », réservées à des élèves choisies et précédées d’un serment imposant un secret absolu. Les jeunes femmes racontent avoir été conditionnées à croire que révéler ces pratiques entraînerait des conséquences spirituelles et physiques dramatiques.
Contactée par Observador, l’école Natha reconnaît suivre les enseignements de Gregorian Bivolaru, toujours présenté sur son site comme « un maître spirituel vivant », mais nie tout lien avec les accusations en cours. La Fédération Atman, qui regroupe ces écoles dans plusieurs pays, rejette également les accusations. Elle rappelle juste « qu’aucune condamnation n’a encore été prononcée »…
(Source : Info Católica, 10.02.2026)
A lire aussi sur le site de l’Unadfi : 41 interpellations dans une secte de yoga tantrique, le gourou écroué : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/41-interpellations-dans-une-secte-de-yoga-tantrique-le-gourou-ecroue/
