Chamanisme

Le chamanisme est à la mode. Des émissions ou publications de toutes sortes ne cessent de l’évoquer, répondant à une demande croissante qu’elles n’en finissent pas d’alimenter d’ailleurs. Des stages fleurissent un peu partout, en pleine ville, à la campagne, au pied d’une cascade perdue dans une forêt bien de chez nous. Dans le cadre d’ateliers, avec cérémonie ritualisée à la clé et offres de « voyages initiatiques » dans un lointain pays, caractérisés par des séjours à la dure ou dans des centres tout confort. Mieux, des formations de chamans sont organisées, y compris à l’intention d’indigènes incités à renouer avec leur passé et leurs traditions perdues, par des occidentaux se disant « missionnés » ou avertis en la matière.
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La fièvre de l’ayahuasca

France Inter a consacré son émission « La tête au carré », du 10 octobre 2013, au tourisme chamanique. Étaient invités Jean-Loup Amselle (Jean-Loup Amselle est anthropologue et ethnologue Directeur d’études à l’EHESS et rédacteur en chef des Cahiers d’études africaines.) qui vient de publier Psychotropiques. La fièvre de l’ayahuasca en forêt amazonienne et Vincent Ravalec, auteur et réalisateur, qui a témoigné dans deux ouvrages[1] de son expérience chamanique.
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Le chamanisme est-il une médecine ? (2ème partie)

Après avoir répondu aux questions de Bulles [Bulles n°108, pages 14 à 20, décembre 2010] sur le chamanisme traditionnel, mis en évidence la nature ambiguë du chaman, évoqué les croyances et rituels dont le personnage était tout à la fois le gardien, l’inspirateur et le maître d’œuvre, attiré également l’attention sur la préoccupation des anciens confrontés à la prolifération des usurpateurs, Guy Rouquet, président de [Psychothérapie Vigilance, aborde dans cet article la question des pratiques médicales chamaniques.

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Psychotropiques, la fièvre de l’ayahuasca en forêt amazonienne

La « fièvre » dont parle Jean-Loup Amselle dans son ouvrage (paru aux éditions Albin Michel), c’est cette nouvelle quête d’expériences initiatiques et de spiritualité New Age qui s’est emparée de touristes occidentaux. La demande croissante de ce nouveau tourisme a créé « les conditions d’une véritable industrie ».

L’expérience chamanique va de pair avec l’absorption d’ayahuasca. Ce breuvage à base de lianes, traditionnellement préparé par les chamanes des tribus indiennes d’Amazonie, qui, associé à la chacruna, devient hallucinogène. Le même phénomène de tourisme mystique et psychotropique se produit en Afrique avec une autre drogue : l’iboga. L’auteur pose la question : comment le Sud soigne-t-il le Nord ?

Le symptôme est à replacer dans son contexte, celui de la fin des grands récits, du déclin du rationalisme et de ses conséquences sociétales : fragmentation sociale, individualisme et repli sur soi, multiculturalisme et culte de la Nature. « Pour l’auteur, il convient d’ajouter au tableau le stade actuel du capitalisme addictif, celui qui exerce son pouvoir de séduction et de subornation par la consommation érigée en « impératif catégorique ». Le phénomène du tourisme psychotropique dérive aussi d’un comportement de consommateur. »

Les élites intellectuelles et artistiques sud-américaines, qui ont troqué l’espérance révolutionnaire contre cette forme de spiritualisme ethno-écolo-bobo commencent à être touchées. L’anthropologue colombienne, Alhena Caycedo-Fernandez, estime que ceux-ci pensent trouver auprès des chamanes un type de solution thérapeutique et spirituelle (…)

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Editorial

Le chamanisme est à la mode : des stages et ateliers fleurissent, avec cérémonie ritualisée et offres de voyages initiatiques dans de lointains pays, diverses formations de chamans sont aussi proposées. Pour répondre aux questions que beaucoup se posent, Bulles a sollicité Guy Rouquet, président de Psychothérapie Vigilance, association de victimes née il y a dix ans avec la découverte d’un réseau international
de thérapeutes combinant psychotechniques, drogues hallucinogènes, cérémonies syncrétiques associant catholicisme et chamanisme.

Dans ses deux premiers articles, traitant du chamanisme traditionnel (Bulles n°108), puis des pratiques médicales chamaniques (Bulles n°109), G. Rouquet a mis en évidence la nature ambiguë du chaman, l’aspect magico-religieux du phénomène, et sa diversité. Il répond ici, dans un troisième et dernier article, aux questions que nous lui posons sur le néochamanisme contemporain, nouvelle forme
en plein essor. Est-il une recherche de connexion de l’homme avec l’univers, ou bien un nouveau phénomène de tourisme psychédélique ? Est-il un « outil de communication avec les entités spirituelles » de la nature, ou bien la recherche d’un rite de passage, parfois aux frontières de la mort ? Confusion et ambiguïté de ce mouvement aux multiples facettes… Au delà de l’attrait pour cette mouvance, le discernement et la vigilance s’imposent, en particulier lorsque, accommodé « à la sauce New Age », le néochamanisme se place sur le terrain du développement personnel, se voulant aussi initiatique et thérapeutique.

Figure du New Age, Rudolf Steiner est à l’origine de l’Anthroposophie, « science spirituelle » aux multiples applications, dont la pédagogie Steiner-Waldorf. Un ancien anthroposophe, formé dans les écoles du mouvement, témoigne des paradoxes d’un système qui s’appuie sur une doctrine de développement de la conscience mais qui peut aussi enfermer la pensée.

« Sommeil de la raison », crise de la rationalité et perte des repères profitent à tous les « prophètes » habiles à utiliser tout événement pour exercer leur emprise.

Mieux connaître et comprendre les risques de dérives est un moyen essentiel de prévention.