Editorial

Face aux propositions multiples, plus séduisantes les unes que les autres, de développement personnel, d’actions humanitaires, de découverte de spiritualités diverses, d’ouverture à d’autres cultures, il est bien difficile de ne pas se laisser tenter… Beaucoup tiennent leurs promesses en apportant des réponses aux interrogations ou aux situations personnelles des uns et des autres. Mais encore trop de ces offres ne sont que des masques pour des organisations ou des gourous avides de pouvoir, qui enferment et assujettissent leurs adeptes.

Les conséquences de ces dérives pour les individus, les familles et la société dans son ensemble, sont suffisamment lourdes pour que chacun se sente concerné et exerce une nécessaire vigilance, en commençant par s’informer.

C’est dans cette optique que les associations de victimes de mouvements sectaires, se mobilisent pour informer sur la face cachée des organisations, les atteintes à la dignité et à la liberté de leurs membres, dérives réelles quoiqu’en disent les farouches opposants de toute action contre les mouvements sectaires.

Ils le font avec courage et ténacité, et il faut déplorer que leurs voix ne soient parfois pas plus entendues, comme l’explique Audrey Chaytor, directrice d’une association anglaise membre de la FECRIS.
C’est aussi pour faire connaître à un large public les risques qu’il y a à suivre inconditionnellement certains gourous et leur théorie, que des journalistes traitent de ces sujets. Des films d’investigation récents ont contribué à mettre en lumière les pressions internes exercées sur les membres de certains groupes ou réseaux. Les propos de P. Dutilleul, journaliste à la RTBF, apportent un éclairage intéressant sur les conditions nécessaires à la réalisation de telles émissions.

Pour les victimes, de nombreuses années sont souvent nécessaires avant de réaliser qu’elles ont été trompées, assujetties, puis abusées physiquement, financièrement ou moralement. Et lorsqu’elles décident de porter l’affaire devant la justice, elles risquent de devoir faire face à l’incrédulité de personnes peu informées sur la manipulation mentale, ou niant même sa réalité.

Pour nos associations, la prévention passe d’abord par l’information et l’objectif premier des articles et témoignages publiés ici est bien de faire connaître le plus largement possible la réalité du phénomène sectaire.

Chamanisme

Le chamanisme est à la mode. Des émissions ou publications de toutes sortes ne cessent de l’évoquer, répondant à une demande croissante qu’elles n’en finissent pas d’alimenter d’ailleurs. Des stages fleurissent un peu partout, en pleine ville, à la campagne, au pied d’une cascade perdue dans une forêt bien de chez nous. Dans le cadre d’ateliers, avec cérémonie ritualisée à la clé et offres de « voyages initiatiques » dans un lointain pays, caractérisés par des séjours à la dure ou dans des centres tout confort. Mieux, des formations de chamans sont organisées, y compris à l’intention d’indigènes incités à renouer avec leur passé et leurs traditions perdues, par des occidentaux se disant « missionnés » ou avertis en la matière.
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La fièvre de l’ayahuasca

France Inter a consacré son émission « La tête au carré », du 10 octobre 2013, au tourisme chamanique. Étaient invités Jean-Loup Amselle (Jean-Loup Amselle est anthropologue et ethnologue Directeur d’études à l’EHESS et rédacteur en chef des Cahiers d’études africaines.) qui vient de publier Psychotropiques. La fièvre de l’ayahuasca en forêt amazonienne et Vincent Ravalec, auteur et réalisateur, qui a témoigné dans deux ouvrages[1] de son expérience chamanique.
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