L’Inde et ses gourous

Après l’arrestation de Gurmeet Ram Rahin Singh l’année dernière1, la justice indienne a condamné Asaram Bapu à la prison à perpétuité pour le viol d’une disciple mineure en 2013. Cette nouvelle condamnation permet de mettre en exergue la puissance des « hommes dieux » et leurs dérives au sein de la société indienne.

Asaram Bapu est à la tête de centaines d’ashrams en Inde et à l’étranger. Il a monté un véritable empire avec des dizaines d’écoles, une imprimerie… Sa fortune est estimée à plus d’1 milliard d’euros. Ses fidèles se compteraient par dizaines de millions, parmi eux, des personnalités politiques indiennes. Asaram Bapu est accusé d’avoir agressé sexuellement une jeune fille de 16 ans, sous couvert d’exorcisme. Il est accusé d’un autre viol et des meurtres de plusieurs adeptes, perpétrés dans l’un de ses ashrams.

L’Inde redoute ce type de condamnation qui peut embraser une population de fidèles entièrement dévouée à son leader. L’année dernière, l’arrestation de Gurmeet Ram Rahin Singh avait entrainé une vague de violences et de saccages faisant 38 morts.
Pour Catherine Bros, spécialiste de l’Inde et maitre de conférences à l’université Paris-Est, ces gourous profitent de la mutation économique de la société indienne qui fait perdre leurs repères aux populations les plus pauvres. Se sentant délaissées par l’État, ces populations se tournent vers des gourous qui leur donnent l’impression d’avoir un statut. L’absence de clergé et de codes dans la religion permet à ces leaders spirituels de prospérer. Ces gourous riches, puissants et charismatiques fournissent à leurs fidèles des services (écoles, alimentation, hôpitaux…) leur permettant de consolider l’emprise sur leurs adeptes. Ils affirment bien souvent avoir des pouvoirs magiques et être des descendants de dieux hindous. Ces communautés souvent composées de millions de fidèles attirent aussi les hommes politiques en quête d’électeurs : leur influence explique en partie l’impunité dont jouissent la plupart de ces gourous.

Ces condamnations récentes montrent aussi un timide éveil des consciences de la société indienne sur les violences faites aux femmes depuis le viol collectif dans un bus de New Delhi en 2012.

(Sources : Le Monde, 25.04.2018 & Ouest France,26.04.2018 &RFI 27.04.2018 1 Le Journal de Montréal,29.04.2018 & )

1. Lire sur le site de l’UNADFI, Un gourou emprisonné : http://www.unadfi.org/groupe-et-mouvance/un-gourou-star-emprisonne