Un héritage toxique

À Lorient, la nomination en 2018 d’un prêtre soupçonné d’agressions sexuelles a relancé une question brûlante : que deviennent les communautés religieuses marquées par les crimes de leurs fondateurs ? Entre promesses de réforme et doutes persistants, l’affaire des Frères de Saint-Jean illustre les failles d’un système encore sous tension.

Un dimanche matin ordinaire à Lorient. La paroisse Saint-Christophe s’anime sous la conduite des Frères de Saint-Jean, communauté éclaboussée par un scandale. Fondée en 1975 par Marie-Dominique Philippe, reconnu depuis comme un prédateur sexuel, elle a recensé en 2023 des dizaines d’abus commis en interne, faisant au moins 167 victimes.

Malgré l’engagement affiché de transparence envers les évêques, un prêtre de la communauté, pourtant visé par des signalements, a été nommé en 2018 à la tête de la paroisse lorientaise. Une enquête judiciaire pour viol et agressions sexuelles a été classée pour prescription. La procédure canonique, elle, reste floue. L’intéressé a finalement quitté ses fonctions dès 2019, puis la vie religieuse en 2022. Mais pour d’anciens fidèles, l’incompréhension demeure.

L’évêque de Vannes évoque un défaut d’information pour expliquer cette nomination controversée, tout en assurant qu’un « auto-contrôle » existe entre prêtres. Sur le terrain pourtant, les Frères de Saint-Jean continuent d’exercer de nombreuses missions auprès de publics variés, notamment des jeunes. Ils interviennent dans des camps de prière-surf, sont chargés de l’aumônerie du centre de rééducation de Kerpape, de celle de la prison, du lycée Saint-Joseph, assurent des plages de confession régulière à la paroisse Saint-Louis ou encore dans des couvents…

Face aux critiques, la communauté met en avant des réformes internes et un accompagnement accru de ses membres. Mais pour les victimes regroupées au sein du collectif « Réparez », ces changements restent insuffisants. Elles dénoncent un système d’emprise persistant et réclament des mesures radicales. Pointant une église confrontée à ses contradictions et estimant qu’il semble impossible de réformer en profondeur une institution née dans les abus, elles souhaitent la dissolution de la communauté.

(Source : Le Télégramme, 24.03.2026)

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  • Auteur : Unadfi