Une enquête pour dérive sectaire a conduit à un coup de filet mardi 7 avril à Bellaffaire (Alpes-de-Haute-Provence). Cinq personnes ont été interpellées, dont un couple soupçonné d’exercer une emprise psychologique sur les adeptes.
L’affaire remonte à décembre 2025, après un signalement évoquant des pratiques d’endoctrinement. Les investigations menées par la brigade de recherches de Digne-les-Bains ont permis d’identifier un groupe baptisé « Lève-toi », qui accueille régulièrement des fidèles dans une propriété nommée « Le Refuge ». Le mouvement diffuse également des prêches sur YouTube, générant des millions de vues. Se présentant comme un guide spirituel incontournable, Haïm Goël (Philippe Angot de son vrai nom), publie des « messages prophétiques » et des enseignements mêlant Ancien et Nouveau Testament.
Selon les enquêteurs, une vingtaine de victimes ont été identifiées. Elles auraient été poussées à rompre avec leur entourage, s’endetter ou interrompre leurs traitements médicaux. Le groupe est aussi soupçonné d’avoir généré d’importants flux financiers via des dons et investi dans des biens immobiliers en France et à l’étranger.
Lors de l’opération mobilisant une quarantaine de gendarmes, une propriété, des liquidités, de l’or, de l’argent et un véhicule ont été saisis. L’ensemble est estimé à plus de 920 000 €. Soupçonné de diriger l’organisation, un couple de septuagénaires a été interpellé. L’homme, qui se présente comme prophète ou apôtre, a été mis en examen pour abus de faiblesse en bande organisée, escroquerie et blanchiment. Il a été placé en détention provisoire. Son épouse a été remise en liberté sous contrôle judiciaire. Leurs avocats dénoncent « un dossier creux ». Trois autres personnes ont été entendues. Selon les premières investigations, elles géraient les fonds du groupe.
Les soupçons autour de Philippe Angot ne sont pas récents. Dans les années 1980, en Belgique, il a été accusé d’avoir exercé une emprise sur des fidèles au sein d’un mouvement évangélique. Des témoignages évoquent manipulation, isolement social et pressions financières. Une plainte aurait été déposée à l’époque, sans que ses suites judiciaires soient clairement établies. Dans les années 2000, l’homme s’est installé dans le sud-est de la France, tout en développant des activités en Suisse. Là encore, plusieurs adeptes ont dénoncé des pratiques coercitives. Une enquête pénale a été ouverte pour usure et contrainte, mettant en lumière un fonctionnement qualifié de « vase clos », où les fidèles auraient été soumis à des humiliations, des pressions psychologiques et une forte dépendance au leader. Aujourd’hui, les investigations françaises visent à établir l’ampleur du système et le rôle exact de chacun des protagonistes.
(Source : BFM, 09.04.2026 ; Le Parisien & France 3 & Le Figaro, 10.04.2026 ; Le Dauphiné, 14.04.2026 ; La Marseillaise, 15.04.2026)
