En Espagne, l’accueil d’événements liés aux courants New Age et aux spiritualités orientales dans des sanctuaires catholiques est un phénomène croissant. Ce constat a suscité des interrogations, voire des inquiétudes, dans certains milieux ecclésiastiques, notamment après l’organisation, début mai, du XIIe Congrès Ibérique de Yoga au château de Javier (Navarre), berceau de saint François Xavier et centre de spiritualité géré par les jésuites.
Environ 250 personnes ont participé à cet événement, organisé par la Fédération Espagnole de Yoga Satsanga (FEYS). Au programme : ateliers de méditation, concerts de mantras, séances de yoga et conférences sur la spiritualité orientale. Les images partagées par les organisateurs montraient des participants méditant devant des représentations de Jésus-Christ, Bouddha et Krishna, illustrant une forme de syncrétisme religieux. Parmi les activités proposées figuraient des ateliers comme « Le réveil de l’âme », « Mantras esséniens » ou « 108 salutations au soleil ».
Soma Satrustegi, fondateur de la FEYS, a expliqué que le choix du sanctuaire de Javier n’était pas anodin, le décrivant comme « le cadre idéal pour un congrès qui cherche à transcender les frontières et les traditions ».
Ce cas n’est pas isolé. D’autres lieux catholiques ont également accueilli des événements similaires, comme le monastère mariste de Las Avellanas (Lérida), le sanctuaire d’Aránzazu (dirigé par les franciscains à Guipúzcoa) ou encore le Centre International Thérésien Sanjuaniste d’Ávila, lié aux carmélites déchaux. L’un des épisodes les plus controversés remonte à 2007, à Las Avellanas, où une image promotionnelle montrait une femme pratiquant le yoga devant un tabernacle contenant le Saint-Sacrement. Des voix s’élèvent pour alerter sur les risques spirituels de ces pratiques. Luis Santamaría del Río, chercheur au Réseau Ibéro-Américain d’Étude des Sectes (RIES), souligne que ces rencontres ne peuvent être réduites à de simples activités physiques ou culturelles. « Il est clair que l’événement organisé au château de Javier avait un caractère spirituel évident, et pas précisément chrétien », affirme-t-il. Au-delà des polémiques ponctuelles, ce phénomène pose une question fondamentale : que reste-t-il de l’identité catholique de ces lieux, historiquement dédiés à la prière, aux exercices spirituels et à l’évangélisation ? La location de ces espaces à des groupes extérieurs, souvent pour des raisons économiques, semble aussi révéler une perte de repères pastoraux et doctrinaux.
(Infovaticana, 9.05.26)
