Sur TikTok, Instagram ou YouTube, les adolescents dévorent des flux d’images sans toujours réaliser à quel point la désinformation s’y glisse discrètement. Une série d’études révèle un décalage frappant entre la confiance des jeunes dans leur capacité à repérer les fake news et la réalité de leur exposition.
À Glasgow, la psychologue Yvonne Skipper a interrogé 37 collégiens. Pour eux, la désinformation se limite aux grandes théories complotistes ou aux arnaques spectaculaires. Résultat : beaucoup se pensent peu concernés. Pourtant, un rapport d’Ofcom rappelle que seuls 11 % des 11–17 ans savent reconnaître les signes d’un contenu authentique. Malgré cela, certains affirment ne pas pouvoir être dupés et admettent vérifier rarement les informations, s’appuyant sur leur instinct ou sur les commentaires. Ils jugent leurs grands-parents très vulnérables… Mais eux-mêmes beaucoup moins.
Les données collectées par Science Feedback dans le cadre du projet SIMODS (1), au printemps 2025, racontent une tout autre réalité. Près d’une vidéo sur cinq sur TikTok contient des informations fausses ou trompeuses. Facebook en compte 13 %, X 11 %, YouTube et Instagram 8 %, et LinkedIn seulement 2 %. En ajoutant les contenus « limites », TikTok et X approchent le tiers des publications. Dans cet écosystème, les sources non fiables prospèrent. Elles génèrent jusqu’à sept à huit fois plus d’interactions que les contenus vérifiés, et sur YouTube, les trois quarts des chaînes peu crédibles restent monétisables.
Une étude du LaPsyDÉ (2), menée auprès de 432 collégiens, confirme la vulnérabilité des plus jeunes. À onze ans, leur capacité à distinguer vrai et faux ne dépasse guère le hasard. Les adolescents qui prennent le temps de réfléchir plutôt que de suivre leur intuition s’en sortent mieux. Mais un biais résiste à tout : la répétition. Une info vue deux fois paraît plus vraie, même quand elle est fausse. Un travers cognitif présent dès cinq ans. Pour y remédier, le laboratoire a conçu, avec des enseignants, des séances pédagogiques visant à expliquer les biais cognitifs. Testé auprès de plus de 3 000 élèves, le dispositif améliore la détection des fake news, même si l’effet s’atténue avec le temps. Pour le directeur du LaPsyDÉ, Grégoire Borst, le défi est clair : « Il faut développer l’esprit critique des adolescents sans les faire basculer dans un doute généralisé ».
(Source : Doctissimo, 03.12.2025)
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(1) Le projet SIMODS (Structural Indicators to Monitor Online Disinformation Scientifically) vise à développer des indicateurs structurels pour mesurer la désinformation en ligne de manière scientifique.
(2) Laboratoire de Psychologie du Développement et de l’Éducation de l’Enfant.
