Alors que les campagnes d’éducation aux médias se concentrent traditionnellement sur les jeunes, les données montrent que les personnes âgées de plus de 65 ans partagent jusqu’à sept fois plus de «fake news» que les 18-29 ans, notamment sur les réseaux sociaux.
Cette tendance s’est accentuée après la pandémie de Covid-19, période durant laquelle 77 % des seniors ont adopté au moins un nouvel outil numérique, souvent sans maîtriser pleinement ses mécanismes.
Des structures comme le Club de la presse Occitanie ont adapté leurs actions pour cibler ce public. Leur atelier « Esprit’ Critik », initialement destiné aux jeunes, propose désormais des modules pour les 60 ans et plus. Ces séances interactives, animées par des journalistes et des experts des réseaux sociaux, abordent la fabrique de l’information, le fact-checking, et les mécanismes des théories du complot. L’objectif n’est pas de former des experts, mais de responsabiliser les seniors face à leur consommation d’informations. Comme l’explique Agnès Maurin, directrice générale du club : « On leur explique qu’il faut qu’ils choisissent leurs sources d’information comme ils choisissent leur alimentation. »
L’isolement aggrave leur vulnérabilité : 2 millions de seniors étaient isolés en 2025 en France, un chiffre en hausse. Bien qu’ils soient moins enclins à adhérer aux théories du complot que les jeunes (9 % contre 21 %), leur méconnaissance des codes numériques les rend plus susceptibles de partager des fausses informations. Les études montrent aussi un lien entre solitude et crédulité, les personnes isolées cherchant parfois du sens ou du lien social dans des communautés conspirationnistes.
Les experts insistent sur l’importance de poursuivre les efforts de sensibilisation. Rudy Reichstadt souligne que « quand on sensibilise les seniors sur ces questions, ils font des progrès en peu de temps et arrivent beaucoup mieux à distinguer le vrai du faux ». C’est le cas de Nadine, 67 ans, qui, après avoir suivi un atelier Esprit’ Critik, a réduit ses partages de contenus douteux sur les réseaux sociaux.
Cependant, un défi persiste : toucher les seniors les plus isolés, qui ne s’inscrivent pas spontanément à ces ateliers. Fabrice Talandier, des Petits Frères des pauvres, note que l’information peut aussi aggraver leur anxiété s’ils consomment des médias en continu sans discernement. L’enjeu est donc d’apprendre aux seniors à s’informer de manière saine, pour que l’information devienne un levier de socialisation plutôt qu’un facteur d’isolement.
(Slate, 09.05.26)
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