Fondée à Lyon en 1973, la communauté catholique du Chemin Neuf s’est imposée comme une figure du renouveau religieux, tournée vers la jeunesse et très présente sur les réseaux sociaux. Mais malgré cette image dynamique, des voix s’élèvent pour dénoncer des dérives graves.
Une vingtaine d’anciens membres interrogés évoquent aujourd’hui des phénomènes d’emprise psychologique et spirituelle. « Pendant ces années, j’ai fait ce que mes supérieurs me demandaient […]. Progressivement, j’ai coupé les liens avec ma famille, mes amis », témoigne Claire, qui a passé six ans dans la communauté. Elle décrit un engagement total, sans salaire, qui l’a laissée « brisée » à sa sortie, avec « six années de vide sur [son] CV ». Comme elle, plusieurs anciens membres racontent une perte d’autonomie progressive. Cyprien, engagé dès sa majorité, affirme que « ce n’était pas un choix libre. J’étais jeune et influençable ». Élise, restée plus de dix ans, évoque une « emprise psychologique et matérielle » et des journées « éreintantes », sans réel cadre légal.
Selon ces témoignages, la vie au sein du Chemin Neuf repose sur un rythme soutenu et une forte exigence d’obéissance. « J’ai fini par ne plus me demander ce que je voulais réellement. J’ai progressivement arrêté de réfléchir par moi-même », écrit Élise dans une lettre d’alerte envoyée à plus de 200 membres. Plusieurs anciens décrivent également un contrôle des relations personnelles et des ressources financières. « Si j’avais besoin d’argent, je devais en faire la demande et justifier son utilisation », explique Claire, évoquant « très peu d’autonomie ». D’autres dénoncent des intrusions dans l’intimité. « On nous demande d’aller chercher dans notre vie affective […]. On m’a fait comprendre que j’avais un problème », confie Élise.
Ces pratiques s’inscrivent, selon certains experts, dans des mécanismes typiques de dérives sectaires. Déjà signalée à plusieurs reprises, la communauté a fait l’objet de quinze saisines auprès de la Miviludes entre 2018 et 2020. Cette dernière appelait à « une certaine prudence », notamment pour les personnes vulnérables.
Le Chemin Neuf conteste ces accusations mais reconnaît l’existence de « souffrances et blessures ». La communauté annonce désormais la création d’une commission d’enquête indépendante, chargée d’« offrir un espace d’écoute » et d’évaluer d’éventuelles réparations. Un tournant attendu par les anciens membres mobilisés au sein du collectif « Après le Chemin Neuf ». « Quand les témoignages s’accumulent, cela permet de mettre en évidence un caractère systémique », souligne Cyprien.
(Source : Mediapart, 27.04.2026)
