Séduits sur les réseaux sociaux, contrôlés par l’Église  

Pressions financières, contrôle des relations, isolement social… D’anciens fidèles accusent l’Église chrétienne internationale de Paris de pratiques sectaires. Recrutés via les réseaux sociaux, de jeunes membres disent avoir été soumis à une emprise psychologique intense. L’organisation est désormais dans le viseur des autorités.

D’anciens membres de l’Église chrétienne internationale de Paris (ECIP) dénoncent un système de pressions psychologiques, financières et affectives au sein de cette communauté fondée par l’Américain Kip McKean. À StreetPress, plusieurs ex-fidèles racontent avoir été incités à multiplier les dons, à rompre avec leurs proches et à réorganiser toute leur vie autour de l’Église.

Loris, agent de sécurité, affirme avoir dû vendre ses baskets de collection pour répondre aux sollicitations financières. « Les membres de l’église me faisaient culpabiliser, alors j’ai vendu ce que j’avais de plus cher ». En huit mois, il estime avoir versé près de 2 700 €. Émilie, 18 ans, évoque une pression constante. « Ils nous disaient, si vous pouvez vous acheter des vêtements, vous pouvez donner à l’église ».

Les témoignages décrivent aussi un contrôle étroit des comportements. Clémence raconte avoir modifié sa façon de s’habiller. Jean affirme avoir été poussé à rompre avec sa compagne non membre. Joseph soutient qu’il devait demander l’autorisation pour voir sa famille. « Je rentrais des études bibliques en pleurs, ils ont cherché mes failles pour me détruire psychologiquement », confie Clémence. Émilie résume : « Cette secte a failli ruiner ma vie. »

Le recrutement s’effectuait principalement via Instagram, ciblant de très jeunes adultes en quête de spiritualité. Une fois intégrés, ils devaient assister à de multiples réunions hebdomadaires, parfois au prix de l’abandon de leurs études ou de leur emploi. « Si je les avais écoutés, j’aurais dû jeter mes rêves à la poubelle et arrêter mes études », assure Émilie.

La Miviludes confirme avoir reçu « une quinzaine de signalements » faisant état de techniques d’embrigadement, d’isolement et de rupture familiale. « Il existe des risques d’emprise, de contrôle et de rupture », alerte Marie Drilhon, vice-présidente de l’Unadfi, qui rapproche l’ECIP d’autres mouvements fondés par Kip McKean, déjà controversés à l’international.

Sollicitée, la direction de l’Église chrétienne internationale de Paris n’a pas souhaité répondre. Dans un document interne, le mouvement rejette toute accusation, dénonçant des « mensonges » et se comparant à Jésus, « accusé lui aussi de semer la division ». Une comparaison qui laisse sceptiques d’anciens fidèles, aujourd’hui convaincus d’avoir été soumis à une véritable emprise.  

(Source : StreetPress, 06.01.2026)

  • Auteur : Unadfi