Depuis 2012, la Miviludes (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) a enregistré plusieurs signalements liés à la radicalisation religieuse. Après un temps de réflexion sur les similitudes entre le phénomène et les dérives sectaires, elle a appréhendé quantitativement et qualitativement ce phénomène et a décidé de se donner les moyens d’y faire face.
Islam radical
Le ministère de l’Intérieur poursuit les actions de prévention
Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a présenté le 4 février 2015 un décret relatif au blocage des sites « provoquant des actes de terrorisme ou en faisant l’apologie ».
Le décret stipule que la liste des adresses électroniques repérées « sera transmise aux fournisseurs d’accès à internet (FAI) afin qu’ils procèdent dans les vingt-quatre heures, au blocage desdits sites et au renvoi de l’internaute vers une page d’information ».
Bernard Cazeneuve s’est rendu dans la Silicon Valley afin de rencontrer des représentants d’Appel, Google, Facebook, Twitter et Microsoft. Il s’agissait de peser sur les géants du Net et de les sensibiliser au problème du « terrorisme en libre accès », rappelant que « 90% de ceux qui basculent dans le terrorisme basculent par Internet ».
Bernard Cazeneuve a également rappelé que la mesure d’interdiction administrative de sortie du territoire des candidats au jihad était applicable depuis le 14 janvier 2015. Est concernée toute personne qui « projette des déplacements à l’étranger ayant pour objet la participation à des activités terroristes » ou « sur un théâtre d’opérations de groupements terroristes ».
Radicalisation jihadiste et dérive sectaire
Pour recruter les adolescents et jeunes adultes, garçons comme filles, les groupes terroristes utilisent des techniques de manipulation mentale qui s’apparentent à celles utilisées dans le cadre de l’embrigadement sectaire. Les autorités se sont donc tournées vers la Miviludes. Comme l’explique Serge Blisko, son président, « il existe des analogies de comportements, par exemple une rupture scolaire ou familiale ».
Prévention et mesures gouvernementales
Autorités et acteurs de la prévention semblent s’accorder pour souligner le rôle positif des parents et de l’école dans la prévention de la radicalisation et du terrorisme.
La société civile multiplie des initiatives de prévention. Certaines associations, dont des ADFI, ont intégré les cellules préfectorales de prévention de la radicalisation, constituées de représentants du parquet, de la Ville et du rectorat pour examiner et orienter les dossiers.
Le gouvernement a pris différentes mesures initiées par les ministères de l’Intérieur, de l’Education nationale et du Secrétariat d’Etat chargé des familles.
Ministère de l’intérieur
Près de trois semaines après les attentats perpétrés contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo, une policière et un supermarché casher à Paris, le gouvernement a ouvert le site www.stop-djihadisme.gouv.fr, dont l’objectif est d’informer le grand public sur les moyens de lutter « contre l’embrigadement jihadiste ». Didactique, ce site comprend quatre grandes parties : « comprendre la menace terroriste », « agir » avec l’action de l’Etat, « décrypter la propagande jihadiste » et « se mobiliser ».
Ce site offre notamment une vidéo de deux minutes qui décortique la propagande jihadiste, en usant de messages forts sur le mode info-intox : « Ils te disent : sacrifie toi à nos côtés, tu défendras une juste cause. En réalité, tu découvriras l’enfer sur terre et tu mourras seul, loin de chez toi ».
Stop-djihadisme s’adresse à tous et notamment à l’entourage de potentielles victimes. Il indique les signes les plus courants susceptibles d’alerter les proches. Il propose également des entrées pour comprendre la menace terroriste.
Le Premier ministre, Manuel Valls, a aussi annoncé une série de mesures dont le « renforcement des moyens dédiés à la surveillance du cyberjihadisme et aux enquêtes relatives aux délits commis sur Internet » et l’ « intensification du travail avec les opérateurs internet, y compris dans le cadre européen. »
Radicalisation jihadiste et dérive sectaire
Pour recruter les adolescents et jeunes adultes, garçons comme filles, les groupes terroristes utilisent des techniques de manipulation mentale qui s’apparentent à celles utilisées dans le cadre de l’embrigadement sectaire.
Les autorités se sont donc tournées vers la Miviludes. Comme l’explique Serge Blisko, son président, « il existe des analogies de comportements, par exemple une rupture scolaire ou familiale ».
C’est également sous l’angle sectaire que Dounia Bouzar, fondatrice du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, aborde la problématique jihadiste. Elle a analysé cette nouvelle forme de radicalisation et les techniques d’emprise sectaires à travers les témoignages de victimes directes ou collatérales reçues dans son centre.
L’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victime de sectes (UNADFI) et son réseau ADFI sont également amenées à répondre aux familles et aux proches de personnes qui s’engagent dans des organisations jihadistes. Elles ont constaté que le processus sectaire et celui qui conduit à la radicalisation sont similaires. Il se déroule en trois phases caractéristiques : séduction, destruction et reconstruction.
Séduction
Les candidats français sont majoritairement des adolescents et des jeunes majeurs issus de toutes les classes sociales. L’embrigadement par Internet fait que toutes les régions urbaines ou rurales sont concernées. Le processus d’embrigadement est rapide, de six semaines à six mois (avec une moyenne de deux mois).
Afin de toucher les fibres altruistes des filles et aventurières des garçons, le recruteur le plus connu mélange dans ses vidéos des motifs humanitaires et des scènes de jeux vidéo.
Déconstruction
Les recruteurs ont su peaufiner leurs techniques d’endoctrinement en utilisant l’univers de référence du jeune d’aujourd’hui. Ils utilisent des techniques sectaires, détournent la religion, surfent sur les débats de société français et les théories du complot. En général, les recruteurs expliquent aux jeunes que le monde leur ment sur tout : la nourriture, les médicaments, l’histoire et la politique. Cette technique les coupe des adultes, jusqu’ alors référents, et plus généralement de leur environnement d’origine.
Reconstruction
Le nouvel endoctriné va changer de discours, de fréquentation, d’occupations. Ses anciens amis deviennent des « impurs », ses loisirs sont désormais « des armes du diable ».
Pour contrer les actions de prévention mises en place pour détecter les signes de radicalisation, ces jeunes ont appris à cacher leurs convictions et les différents signes de leur radicalisation, dissimulant ainsi les indices qui pourraient alerter les parents et permettre un travail préventif.
De la secte au groupe terroriste
Boko Haram, dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché », est né en 2002, au Nord-Est du Nigéria, région longtemps délaissée par les autorités centrales où l’illettrisme atteint des sommets. Le groupe est d’abord qualifié de secte car son gourou nigérian, Mohammed Yusuf, mènent ses disciples d’une main de fer. Il harangue ses fidèles par des prêches radicaux où se mêlent critique de la corruption, haine contre l’Occident et sa « modernité », et dénonciation de l’inertie des autorités centrales.
Pour Georges Fenech, l’État doit pouvoir compter sur la Miviludes et les associations de victimes pour la prévention
Georges Fenech, président du groupe d’étude sur les sectes de l’Assemblée nationale, a appelé les pouvoirs publics à s’appuyer sur l’expertise de la Miviludes et des associations de victimes pour prévenir la radicalisation des jeunes candidats au jihad.
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Le préfet Pierre N’Gahane fait un point
Le préfet Pierre N’Gahane, Secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance (CIPD) est plutôt satisfait du fonctionnement de la plateforme téléphonique mise en place fin avril 2014. Un psychologue et six réservistes de la police, spécialistes de l’antiterrorisme, se relaient à l’accueil du numéro vert. Ils trient les cas selon des indicateurs précis, sur une échelle de un à quatre.
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Les réseaux sociaux comme terreau de recrutement
Il se vérifie quotidiennement que les réseaux sociaux sont vecteurs de recrutement pour les candidats au départ pour la Syrie. Alors qu’un renforcement de la loi antiterroriste promet de s’y attaquer, le nombre de messages de haine et la rapidité de leur diffusion laissent à penser que la tâche va être ardue pour les services spécialisés.
Entre prévention et répression
Depuis l’ouverture de la plateforme dans le cadre du plan, mis en place par le gouvernement le 29 avril dernier, 24 candidats au djihad ont été signalés, dont cinq qui ont déjà quitté le territoire français. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve a indiqué qu’il s’agissait de huit femmes et seize hommes âgés entre 14 et 34 ans.
Le ministre de l’Intérieur indique qu’au total, 285 français seraient engagés sur les théâtres des opérations en Syrie, soit une hausse de 75% dans les six derniers mois. Il fait état de 120 autres qui seraient en transit, d’une centaine rentrés en France et de 25 tués sur place.
Les réelles intentions de ces jeunes seraient de « faire de l’humanitaire » pour les jeunes filles, de « combattre » pour les jeunes hommes. Ces jeunes appellent leurs proches pour leur signifier qu’ils ne reviendront pas car la France est un « pays de mécréants ». Mais l’endoctrinement est maîtrisé, la parole contrôlée.
Sept d’entre eux ont été placés en garde à vue à Strasbourg. Prétextant des vacances, ces jeunes âgés de 23 à 25 ans, issus du même quartier, seraient partis en Syrie en décembre 2013. Pour le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, leur sort est clair : si « ils sont en lien avec une entreprise terroriste, (…) ils seront remis à la justice ». Les sept jeunes devraient donc, selon toute vraisemblance, être mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », infraction passible d’une peine de dix ans de prison et de 225000 euros d’amende. L’un de leurs avocats dénonce une « dérogation de droit commun », « on les arrête pour une infraction à commettre ».
Les services de renseignements craignent que ces jeunes de retour ne commettent des actes terroristes en France. Pour Marc Trévidic, juge antiterroriste qui enquête sur les filières islamistes radicales, les associations peuvent être une solution de prévention pour tenter de démotiver d’éventuels candidats au départ. Il déplore la baisse des subventions. Il n’est pas opposé à la création de nouvelles infractions comme un délit obstacle, soit l’interdiction pour un français d’aller combattre ou de s’embrigader à l’étranger sans autorisation ou encore un délit à part pour ceux qui enfreindraient l’interdiction administrative d’aller en Syrie.
Quant à Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université de Toulouse, il estime que si ces individus reviennent, c’est qu’ils ont échoué dans leur projet. Pour ne pas en faire des terroristes, « mieux vaut les considérer comme des victimes de dérives sectaires ».
Dounia Bouzar, anthropologue, créatrice du Centre de Prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam (CPDSI) trouve le volet prévention du plan du gouvernement novateur. Elle a formé les écoutants du numéro vert de la plateforme.
En composant le Numéro Vert, les familles peuvent :
