Récit d’une infiltration

Une journaliste de Psychologies Magazine a tenté l’expérience de pénétrer incognito dans un centre de la Scientologie. Elle raconte son expérience et comment le piège que tend l’organisation s’est refermé autour d’elle.

La journaliste a pénétré le mouvement en prétendant être venue sur les conseils d’un ami qui lui a parlé de la dianétique comme d’une méthode de développement personnel. Elle fait part à sa première interlocutrice de sa surprise de découvrir un lien entre la dianétique et la Scientologie. La scientologue lui rétorque que la dianétique, axée sur le corps et l’émotionnel est la première découverte de Ron Hubbard qui a ensuite fondé la Scientologie qui est plus spirituelle. Elle lui affirme qu’il n’y a aucun souci à pratiquer la dianétique sans s’intéresser à la Scientologie…

Ensuite, la journaliste se voit proposer le livre de la dianétique et on lui suggère, si elle en a le temps, de visionner le DVD qui résume l’ouvrage. Elle accepte et visionne ce film qu’elle trouve « consternant de nullité ». Elle y voit des images dignes d’une mauvaise série télévisée où elle apprend que nos difficultés à nous exprimer ou à gérer nos émotions proviennent d’« engrammes » (expériences traumatiques) qui seraient présents dans notre « mental réactif », l’empêchant de fonctionner normalement. La dianétique aurait pour but de libérer ce « mental réactif ». Ensuite la journaliste teste un électromètre, puis on lui propose de passer une « audition ». Au sein de la Scientologie, une « audition » consiste en un tête-à-tête durant lequel un « audité » raconte en boucle à un « auditeur » un évènement traumatique de son histoire personnelle. Cet entretien aurait pour but de nettoyer et de libérer l’individu de cet « engramme ». Elle accepte cette entrevue et devient selon la hiérarchie scientologue « pré-clair » même si on dément que cette « audition » l’ait fait entrer dans l’organisation.

Elle rencontre un homme qui sera son « auditeur ». Il lui parle de ses émotions et lui demande de se plonger dans un événement traumatisant. Elle doit raconter cet événement plusieurs fois avec de nombreux détails. Lorsqu’elle souhaite arrêter, il lui demande de continuer alors qu’il lui avait précisé qu’elle pourrait stopper cette audition à tout moment. Elle le racontera dix-sept fois jusqu’à n’avoir plus aucune émotion en narrant cet événement qui l’a traumatisée. Son « auditeur » souhaite la revoir jugeant qu’il n’a pas eu suffisamment de temps pour supprimer « l’engramme ». Il la contacte dans la journée pour prendre des nouvelles et lui répéter le caractère indispensable d’un nouvel entretien. Elle lui annonce qu’elle n’est pas prête et lui signale qu’elle le rappellera quelques jours plus tard. Il lui propose un entretien très court le lendemain. Elle accepte.

Le lendemain, dans les locaux de la Scientologie il recommence l’opération de la veille jusqu’à ce qu’il claque des doigts et lui signale qu’elle en avait fini avec cet « engramme ». Elle se voit proposer de continuer son évolution, de recommencer des séances d’« audition » et de participer à des stages en groupe où elle pourra être « auditeur » et « auditée ». Pour finir, on lui conseille de bien lire le livre de Ron Hubbard. Elle a alors déjà commencé le livre qu’elle décrit comme rempli de bêtise, d’écrits pseudo scientifiques le tout avec un « ton mégalomaniaque et péremptoire » qu’elle juge propre à tous les gourous.

Durant les semaines suivant son dernier passage dans les locaux du mouvement, elle reçoit de nombreux appels et messages des différentes personnes rencontrées lors de sa venue. Elle ne répond pas. Avec un ton bienveillant, ils disent souhaiter prendre de ses nouvelles. Au bout d’un certain temps elle envoie un e-mail à la première personne rencontrée lui signalant qu’elle ne souhaite pas donner suite et rappelle qu’on lui a dit qu’elle était libre de s’arrêter. En réponse, elle reçoit un message lui indiquant de les appeler. Elle décide alors de changer d’adresse électronique et de numéro de téléphone afin d’être enfin « libre de choisir » de ne plus avoir de contacts avec les scientologues qu’elle a approchés.

(Source : Psychologies Magazine, 18.10.2019)

  • Auteur : Unadfi