Liens étroits entre le professeur Séralini et IVI

Le 14 avril 2018, la Fondation Denis Guichard (FDG) a tenu un colloque sur le thème « choisir le vivant » au théâtre Athénée à Paris. À cette occasion la fondation a réuni des spécialistes issus d’horizons divers, mais dont le point commun est un regard complaisant sur les médecines alternatives.

Parmi eux figuraient : Luc Montagnier, dont les positions anti-vaccination sont très décriées par la communauté scientifique, Marie d’Hennezel et le Dr Béatrice Milbert, membres d’IVI, mais également le chercheur Gilles Eric Séralini1, dont les travaux les plus connus portent sur les OGM et le glyphosate. La Fondation Denis Guichard, dont la vocation serait d’appuyer des projets alliant la recherche scientifique à une vision traditionnelle et spirituelle de l’univers afin d’apporter une « compréhension globale de l’homme et de son environnement », est présidée par Anne de Constantin, une sympathisante d’IVI de longue date. En 2010, elle écrivait dans la préface d’un recueil de textes d’Yvonne Trubert : « Tout ce qui concerne Yvonne Trubert est important pour moi, pour nous, pour tous […] son enseignement je le connais, je l’aime et le pratique depuis de longues années ».

Les liens entre Gilles Eric Séralini et la Fondation Denis Guichard sont anciens, il a participé à plusieurs colloques organisés sous son égide et a reçu une dizaine de financements de la fondation depuis 2005. Mais ses liens avec IVI ne s’arrêtent pas là.

En effet, en 2012, le journal Agriculture et Environnement avait déjà publié une enquête dévoilant les liens étroits unissant le chercheur à la secte IVI, via la société Sevene Pharma produisant des préparations homéopathiques. Bien que GE Séralini ait nié les faits et fait publier un droit de réponse, Agriculture et Environnement n’en est pas resté là et a poursuivi son enquête réunissant d’autres preuves qui montrent les liens du Professeur Seralini avec la secte IVI.

Dans son livre paru en 2010 « Nous pouvons nous dépolluer », G-E Séralini tenait des propos dithyrambiques sur les remèdes fabriqués par Sevene Pharma. Pour le compte de l’entreprise, il a conduit, des études sur l’efficacité de leurs produits homéopathiques censés détoxifier l’organisme, dont deux en 2015 et 2016. Les liens entre Sevene Pharma et IVI ne font aucun doute puisque Daniel Chauvin, le président d’IVI est également le directeur général de Sevene Pharma.

Mais la société a bien d’autres liens avec IVI. Son principal fournisseur en plante est la société Marie de Mazet, dirigée par Marie d’Hennezel, une membre d’IVI. L’activité de la société semble donc « clairement orienté e par les croyances de la né buleuse iviste ». Ce que confirment ses relations avec l’association belge Le Vivant, dont tous les membres font partie d’IVI. La majorité d’entre eux sont soit des salariés, soit des actionnaires de Sevene Pharma, et son président Christopher Wise est aussi le président du conseil de surveillance de la société. Selon le site de l’association, Sevene Pharma « a été développé et soutenu par Le Vivant afin de réaliser une nouvelle approche naturelle du développement et de la formulation de médicament ». Autre but de l’association, démontrer par des études la véracité des bienfaits de l’harmonisation. Le Vivant « soutient et développe un réseau de Centre de médecine intégrative en France, en Belgique et en Australie. » Le Dr Béatrice Milbert, membre d’Ivi, officie dans deux d’entre eux à Boulogne Billancourt.

La collaboration de G E Séralini avec la nébuleuse iviste ne s’arrête pas à sa collaboration avec la FDG et Sevene Pharma, puisque lui-même a invité à de nombreuses reprises des membres d’IVI à participer à des séminaires de formation organisé par le CRIIGEN2. Dans le cadre du CRIIGEN, GE Séralini a travaillé à de nombreuses reprises avec Claire Laurant, sympathisante iviste et salariée de Sevene Pharma. Depuis 2012, elle a participé à cinq de ses séminaires. En 2016, ils ont travaillé ensemble sur une étude qui démontrerait que l’une des préparations homéopathique produite par Sevene Pharma pourrait détoxifier du Roundup. En mars 2018, elle a participé à un séminaire organisé par le CRIIGEN, tandis qu’en 2014 G E Séralini préfaçait son livre « Se détoxiquer au naturel par les plantes ».

Qu’est-ce qu’IVI ?

Fondé par Yvonne Trubert voyante qui aurait hérité d’un don de guérison. Ses séances de prière de guérison, « d’harmonisation et de vibrations » attirant un nombre important de participants, elle dépose les statuts d’Invitation à la Vie Intense en 1983.

Lors des auditions qui se sont tenues au Sénat pendant la Commission d’enquête « sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé », Daniel Chauvin, l’actuel président d’IVI, a été invité à expliquer les pratiques d’harmonisation et de vibrations. L’harmonisation, technique reçue de Dieu par Yvonne Trubert consiste en une sorte d’exorcisme au cours duquel des phrases telles que « va-t-en Satan, je te chasse et retourne aux enfers » sont prononcées. Les participants, agenouillés autour du patient allongé et recouvert d’un drap, procèdent à une gestuelle sur le corps tout en priant intérieurement une vingtaine de minutes. Quant aux « vibrations », décrites comme des chants par Daniel Chauvin, l’un des manuels du groupe explique qu’elles permettent « sur un plan énergétique de libérer l’homme de ses tensions intérieures et de le relier à la terre. Si cela peut paraître inoffensif, Yvonne Trubert allait plus loin en affirmant que « là où la médecine dit inguérissable, ne vous le tenez jamais pour dit : il n’y a pas de maladies inguérissables… il suffit de prier et le miracle se fait… Les métastases s’envoleront sous vos doigts ». Elle préconisait de soigner le cancer des os en absorbant du magnésium et du fixateur de calcium. Plus prudent, les responsables actuels précisent que ces propos n’engagent qu’Yvonne Trubert. Catherine Cordier de Bartha, médecin membre d’IVI précise « Le but de son enseignement n’est pas de guérir les gens mais de les aider à aller mieux, pour les encourager à se soigner par les moyens de leur choix ». D’après elle, il s’agit grâce aux gestes « de faire en sorte que la prière nourrisse les centres d’énergie présents dans le corps ».

Bien que l’homéopathie soit un marché porteur, la création et les recherches de Sevene Pharma se justifient bien plus par une volonté de rendre concret l’enseignement d’Yvonne Trubert que par un intérêt économique. En effet « Homme nouveau, nouvelle médecine », le manuel interne écrit par Claire Laurant et Maud André-Vilgrain, donne un éclairage sur l’importance des produits homéopathiques et des compléments alimentaires dans la « médecine iviste ». Selon elles, « soigner c’est induire l’harmonie en l’homme ». La maladie serait causée par la dysharmonie, mais aussi par l’excès de pollution et le manque de particules solaires. D’où l’intérêt de prendre des oligo éléments qui « jouent un rôle d’aimant qui retient les courants d’énergie que l’on aura ré harmonisés ». Quant aux préparations homéopathiques, elles « relancent les vibrations des cellules et de la sorte, les débarrassent de leurs impuretés », « Si la substance utilisée agit d’abord sous forme vibratoire, l’esprit dans lequel on fabrique le remède, on le prescrit et on le prend est aussi important que le remède lui-même. » ajoutent les auteurs.

(Source : Agriculture et Environnement, 05.07.2018)

1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles-%C3%89ric_S%C3%A9ralini

2. Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN). Fondé par GE Séralinin et Corinne Lepage, ce comité a longtemps été dirigé par Jean-Maris Pelt.