» Les reclus de Monflanquin « 

Thierry Tilly, 45 ans, soupçonné d’avoir exercé son emprise pendant presque dix ans sur onze membres de la famille de Védrines, a été mis en examen fin octobre par le juge bordelais Lorentz pour «escroqueries, abus de faiblesse, extorsion de fonds, séquestration avec actes de torture et barbarie ».

Le gourou présumé aurait utilisé « des techniques sophistiquées » pour manipuler et ruiner 11 membres d’une « famille de notables », cultivés et actifs, qui ont vécu reclus depuis 2001.

Thierry Tilly s’était fait passer pour « un attaché de la Blue Light Foundation », une fondation québécoise qui « servirait des causes humanitaires », puis pour un « agent secret » agissant pour l’OTAN. Il avait réussi à convaincre la famille qu’elle devait « renouer » avec une société secrète appelée L’Equilibre du Monde, lui extorquant une grande partie « de son riche patrimoine » et pillant sa fortune en huit ans. Le montant du préjudice pourrait approcher les 5 millions d’euros.

En 2008, la famille s’exile en Angleterre, à Oxford, là où vit Thierry Tilly. En mars 2009, l’une des recluses, Christine de Védrines, 58 ans, sort « du cercle infernal ». Son beau-frère et sa compagne avaient quitté le groupe un an avant. « L’exfiltration » de Christine a été déterminante pour « mettre un terme à l’indifférence de la justice vis-à-vis de cette famille ». Elle est à l’origine de la plainte qui a permis au juge bordelais, Stéphane Lorentz, de lancer un mandat d’arrêt européen contre l’escroc[1]. Son avocat, Me Picotin, est également celui de Jean Marchand, l’époux de Ghislaine de Védrines, l’une des « séquestrées ». Rejeté par son épouse depuis huit ans, Jean Marchand ne pouvait rien tenter pour sa famille : le délit de manipulation mentale n’existe pas en droit français et seules les victimes qui ont subi le préjudice peuvent porter plainte.
 

Un traitement particulier pour Christine de Védrines

Celle qui est à l’origine de la plainte ayant permis au juge bordelais de faire arrêter Thierry Tilly, Christine de Védrines, était considérée « comme un élément plus rétif que les autres ». Le gourou lui a donc infligé ou fait infliger par les siens « des supplices physiques et mentaux d’une rare cruauté » dont la privation de sommeil, assise sur un tabouret pendant plusieurs jours d’affilée…
 

L’opération sauvetage des Védrines

Une équipe de secours, conduite par Me Daniel Picotin, accompagné, entre autres, de psychologues, d’une criminologue, de membres et de proches de la famille de Védrines, s’est envolée pour Oxford du 10 au 14 novembre 2009.

L’objectif était de tenter de convaincre les huit personnes qui restent de regagner la France pour bénéficier « de soins adaptés » à l’état de suggestion mentale résultant de huit années de réclusion.

A Bordeaux, un dispositif est prêt : une cellule d’urgence et un accueil au sein du centre hospitalier Charles-Perrens, spécialisé dans les troubles psychiatriques. Tout laisse penser que l’état de santé psychologique des « reclus » est problématique.

C’est ainsi que Guillaume de Védrines, 32 ans, a pu être libéré lors de cette opération d’exfiltration. Il a ensuite porté plainte devant un juge d’instruction bordelais pour « escroquerie, extorsion de fonds et abus de faiblesse ».

Sept personnes dont le père, le frère et la sœur de Guillaume se trouvent encore en Angleterre et refusent de reprendre contact avec le reste de leur famille. Ils refusent également de répondre à la presse britannique.

 

Bientôt un juge en Grande-Bretagne

La secrétaire générale du Parquet de Bordeaux, Agnès Auboin, a indiqué que le juge d’instruction, Stéphane Lorentz se rendrait outre-Manche, bénéficiant de l’appui d’un magistrat de liaison de l’ambassade de France en Grande-Bretagne et d’Eurojust, l’organe européen chargé de renforcer la coopération judiciaire entre Etats.

Agnès Auboin a également indiqué que le travail de collaboration du magistrat avec les autorités britanniques était « rendu difficile » en raison des différences de système judiciaire.
 

La sortie des derniers reclus

Après une opération menée du 9 au 13 décembre 2009 à Oxford et Bristol « et qualifiée de exit counseling (exfiltration) par Me Picotin, les sept membres de la famille de Védrines restés encore sous l’influence du gourou, Thierry Tilly, ont fini par se libérer et ils sont sur le point de rentrer en France (lire l’article précédent).

L’avocat avait organisé deux opérations en Angleterre avec une psychanalyste, un criminologue et un « chauffeur spécialisé ». La première opération, à mi-novembre, avait permis la sortie de Guillaume de Védrines, 32 ans.

Me Picotin explique que les sept membres se sont tous constitués partie civile dans ce dossier. L’une de ces sept personnes, un ancien obstétricien bordelais, Charles-Henri de Védrines, a été entendu par Stéphane Lorentz, le juge d’instruction en charge de l’affaire et cette audition a permis d’enregistrer de nouvelles charges contre Thierry Tilly.

C’est la mère de Guillaume, Christine de Védrines, qui a permis de mettre fin aux agissements du gourou.

Rappelons que Thierry Tilly, suspecté d’avoir maintenu sous emprise et entièrement ruiné 11 membres de la famille de Védrines, âgés de 24 à 96 ans, a été interpellé le 21 octobre en Suisse dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen, puis « mis en examen le 28 OCTOBRE 0 Bordeaux pour escroqueries, abus de faiblesse, extorsion de fonds, séquestration avec actes de torture et barbarie. Il est écroué à la maison d’arrêt de Gradignan.

Sources :
– Le Monde, Yves Bordenarve, 18.11.2009 & Sud-Ouest.com, Dominique de Laage, 16.11.2009
– La Dépêche.fr, 13.11.2009 & AFP, 21.11.2009
– Le Monde, Yves Bordenarve, 18.11.2009
– AFP, 23.11.2009
– AFP,17.12.2009

[1] C’est en profitant d’un voyage « imprudent » de Thierry Tilly en Suisse que le juge bordelais Lorentz a pu le faire arrêter : en Grande Bretagne, il était difficile à interpeller puisque ce pays n’a pas signé les accords de Schengen. « Lors de son interrogatoire de première comparution », il s’en est pris à ses victimes : des gens gluants, collants », « qui auraient squatté son espace de vie ». Thierry Tilly est incarcéré à la maison d’arrêt de Gradignan. Aux dernières nouvelles, il refusait de prendre un avocat.