Shen Yun, le ballet de la discorde 

Dans les forêts de l’État de New York, le complexe privé de Dragon Springs abrite le centre névralgique de Shen Yun, une production artistique mondialement connue qui promeut la renaissance de la Chine traditionnelle tout en dénonçant la répression du Parti communiste chinois. Aujourd’hui, d’anciens danseurs dénoncent les dérives d’un système.

Fondé en 2006 par Li Hongzhi, chef spirituel du mouvement Falun Gong, aujourd’hui exilé aux États-Unis, Shen Yun se présente comme un projet artistique et religieux indissociable de cette foi, interdite en Chine depuis 1999.

Le Falun Gong, issu du bouddhisme et combinant méditation et enseignements spirituels, est considéré par Pékin comme une « secte maléfique ». Ses pratiquants affirment être victimes d’une répression sévère, d’emprisonnements injustifiés et de tortures. Ying Chen, vice-présidente de Shen Yun, affirme que le spectacle met en scène cette persécution et que plusieurs membres de sa famille en ont été victimes.

Mais depuis plusieurs années, Shen Yun fait face à des accusations venues de l’intérieur. D’anciens danseurs, dont Jeff Sun et Ashley Cheng, envoyés adolescents à Dragon Springs, décrivent un environnement extrêmement isolé, une discipline intense, des blessures graves et un accès limité, voire refusé, aux soins médicaux. Ils dénoncent un système de pression psychologique où toute plainte est interprétée comme un manque de foi. En 2015, tous deux ont été exclus de la troupe. Ils font partie des plaignants ayant engagé des poursuites fédérales pour travail forcé.

Shen Yun rejette fermement ces accusations. Invitée pour la première fois à visiter le site, l’émission Sunday Morning a observé une communauté silencieuse et rigoureusement encadrée. Ying Chen affirme que la séparation des sexes, l’exigence disciplinaire et l’intensité du travail relèvent de valeurs conservatrices et d’une formation artistique de haut niveau. Elle nie toute politique de refus de soins et suggère que les poursuites pourraient s’inscrire dans une campagne de déstabilisation orchestrée par Pékin, accusation relayée par plusieurs artistes actuels de la troupe.

La Chine, de son côté, qualifie Shen Yun de « propagande sectaire » utilisant la culture comme outil d’endoctrinement. Parallèlement, le département du Travail de l’État de New York enquête sur les conditions de travail et l’utilisation de mineurs au sein de la compagnie, alors même que Shen Yun entame sa 20ᵉ tournée internationale. L’histoire de Shen Yun apparaît aujourd’hui bien plus complexe que la fresque spirituelle qu’elle met en scène. 

(Source : CBS News, 25.01.2026)

A lire aussi sur le site de l’Unadfi : La troupe de de Shen Yun poursuivie pour « travaux forcés » : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/la-troupe-de-shen-yun-poursuivie-pour-travaux-forces/

  • Auteur : Unadfi