Dans le diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron, le climat est à la défiance. Depuis l’arrivée de Mgr Marc Aillet en 2008, une frange croissante de fidèles et de membres de l’Église dénonce un virage ultraconservateur assumé et un soutien controversé à plusieurs communautés traditionalistes.
Le collectif Catholiques 64, qui rassemble plus de 400 membres, alerte depuis des années sur la gestion du diocèse. Sa porte-parole, catholique pratiquante, affirme ne plus attendre de changement venu de l’institution ecclésiale. « Si ça doit évoluer, ce sera sous la pression de la société civile ». L’évêque est régulièrement critiqué pour ses prises de position jugées proches de l’extrême droite, notamment contre l’IVG ou la loi sur l’aide à mourir. Au cœur des inquiétudes figure aussi son soutien à plusieurs communautés comme l’Alliance des cœurs unis (ACU), visée par des signalements pour possibles dérives sectaires ; les chanoines de Lagrasse ou encore la communauté des Béatitudes, marquée par des révélations de violences sexuelles et d’abus d’autorité sur plusieurs décennies.
Concernant l’ACU, fondée par une mystique affirmant recevoir des messages divins, la Miviludes a indiqué avoir reçu des signalements « particulièrement inquiétants ». Pour l’Unadfi, plusieurs éléments constituent des signes préoccupants, comme « la centralité de la figure charismatique de celle qui se fait appeler « la Voyante Virginie », qui a une place prépondérante dans les décisions de l’association ». Une enquête doctrinale diligentée par l’Église n’a toujours pas été rendue publique.
Face à la multiplication des alertes, une « visite fraternelle », sorte d’audit interne, a été menée en 2024. Son rapport a été transmis au Vatican. Mais il n’a donné lieu à aucune communication officielle à ce jour. Ce qui alimente les accusations d’opacité.
La question des archives liées aux violences sexuelles ravive également les tensions. Seul évêque à avoir refusé en 2020 l’accès de ses archives à la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), Mgr Aillet a récemment accepté une consultation partielle dans le cadre d’une enquête sur l’affaire de Bétharram. Les victimes, elles, disent ne pas avoir confiance dans ce processus, redoutant un accès limité aux documents essentiels.
Pour ses détracteurs, la situation dépasse le cadre local. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de promotion de responsables conservateurs au sein de l’Église, amorcée sous Jean-Paul II. « Tout le monde joue la montre », résume un prêtre lanceur d’alerte, dénonçant un système où le diocèse, la Conférence des évêques et Rome se renvoient la responsabilité.
Alors que 330 000 victimes d’abus sexuels dans l’Église ont été recensées depuis les années 1950 par la commission Sauvé, les critiques estiment que la transparence reste incomplète à Bayonne. Et que le temps, lui, continue de jouer contre les victimes.
(Source : L’Humanité, 25.02.2026)
