De la manosphère américaine aux réseaux français, le masculinisme s’impose comme une idéologie structurée, dissimulée derrière la défense de la liberté d’expression mais portée par un discours de domination et de haine antiféministe.
En France, la prise de conscience s’est renforcée après qu’un attentat à motivation masculiniste a été déjoué à Saint-Étienne en juillet. Un jeune homme de 18 ans projetait d’attaquer des femmes dans l’espace public. Pour les spécialistes, cet épisode illustre la radicalisation de jeunes hommes nourris aux contenus misogyne en ligne, des vidéos virales de TikTok aux forums anonymes.
Selon Alice Apostoly, cofondatrice de l’Institut du genre en géopolitique, le masculinisme dépasse largement les cercles marginaux. Il s’agit d’un mouvement transnational, reprenant les mêmes codes, les mêmes expressions et ciblant la même population : des jeunes hommes en quête de repères. Si la France paraît moins exposée que les États-Unis, les bases idéologiques sont identiques et s’arriment fréquemment à des positions autoritaires, xénophobes ou climatosceptiques.
Pour Lucie Daniel, de l’association Equipop, il ne s’agit pas d’une simple divergence d’opinion. « Le masculinisme constitue une idéologie de domination pouvant mener à la violence physique, jusqu’aux féminicides ». Cette radicalité se nourrit d’une déshumanisation croissante des femmes en ligne, un phénomène amplifié par les réseaux sociaux qui banalisent les discours haineux sous couvert de liberté d’expression.
Les effets de cette idéologie se manifestent aussi dans le recul de certains droits. En France, malgré un fort soutien populaire à l’avortement, les attaques contre le Planning familial se multiplient et plusieurs structures ont dû fermer. Parallèlement, les associations œuvrant pour l’égalité subissent des coupes budgétaires, affaiblissant les dispositifs contre les violences de genre.
Le masculinisme bénéficie également de relais économiques et politiques puissants. Influenceurs, réseaux transnationaux, fondations ou think tanks coordonnent la diffusion d’idées réactionnaires. Le projet Périclès, financé par l’homme d’affaires Pierre-Édouard Stérin, illustre l’ampleur des investissements soutenant, en Europe, des organisations ultraconservatrices dont s’inspirent aussi les réseaux masculinistes.
Au-delà des attaques visant les femmes, les expertes alertent sur une menace plus large : l’érosion des droits humains et le recul démocratique. Le harcèlement massif pousse de plus en plus de femmes à quitter l’espace public, politique ou professionnel. Sans régulation des plateformes et sans éducation au numérique, préviennent-elles, une radicalisation de masse des jeunes hommes est à prévoir.
(Source : Midi Libre, 25.11.2025)
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