Une « guerre d’influence structurée et dangereuse » 

Face à l’explosion des discours de haine envers les femmes et à la diffusion massive de contenus masculinistes sur les réseaux sociaux, le Sénat tire la sonnette d’alarme.

Lors d’un colloque consacré à ces mouvements, la délégation aux droits des femmes du Sénat a rappelé la gravité de la menace. Cet été, un jeune homme a été mis en examen pour un projet d’attentat inspiré de l’idéologie incel. Une première en France. Et le signal inquiétant d’une violence déjà observée depuis l’attentat antiféministe de Montréal en 1989.

La montée des atteintes aux droits des femmes s’inscrit dans un contexte politique global où certaines figures masculines et partis populistes, de Donald Trump à Javier Milei, contribuent à banaliser les discours hostiles à l’égalité. Selon plusieurs expertes, ces mouvances, fragmentées mais convergentes, s’appuient sur des relais politiques, religieux et médiatiques puissants, ainsi que sur des financements conséquents.

Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la diffusion de cette manosphère, qui attire particulièrement les jeunes hommes. Algorithmes favorables, influenceurs misogynes et monétisation lucrative constituent un écosystème propice à la radicalisation. Les effets sont tangibles. Les observateurs notent « une hausse des féminicides liés à l’exposition à ces contenus, une normalisation du contrôle coercitif dans les relations, une multiplication des violences en ligne, des deep fakes pornographiques et du harcèlement massif. »

Face à ce phénomène, l’arsenal de réponses reste fragile. L’éducation à la sexualité, pourtant obligatoire depuis 2001, n’est appliquée que dans une minorité d’établissements. La régulation des plateformes numériques demeure insuffisante, malgré les efforts européens pour imposer le Digital Services Act. Les autorités françaises, via la plateforme Pharos, reconnaissent par ailleurs leurs limites. Seuls les contenus illégaux peuvent être traités. Les diffusions en direct échappent souvent à tout contrôle. Le Sénat appelle donc à renforcer l’éducation, la régulation et les moyens d’action, estimant que le masculinisme constitue désormais « une véritable guerre d’influence, structurée, organisée et dangereuse ». 

(Source : Public Sénat, 27.11.2025)

  • Auteur : Unadfi