Alors que Naasón Joaquín, dirigeant de l’Église évangélique La Luz del Mundo, purge une peine aux États-Unis pour agressions sexuelles sur mineurs et fait face à de nouvelles accusations fédérales pour crime organisé et trafic sexuel, le Mexique prend une direction opposée. Après sept ans d’enquête, le Bureau du procureur général (FGR) a classé l’affaire sans suite, affirmant n’avoir trouvé aucun élément à charge.
Cette décision provoque l’indignation des victimes et de leurs soutiens. Sochil Martin et son mari, Sharim Guzmán, premiers lanceurs d’alerte, dénoncent une « trahison » et pointent l’existence présumée d’un pacte entre les autorités mexicaines et l’organisation religieuse. Depuis des années, le couple accompagne les victimes, collecte des témoignages et met en lumière les liens entre l’Église et les sphères politiques.
Aux États-Unis, la justice décrit La Luz del Mundo comme une structure d’exploitation sexuelle et financière fondée sur l’obéissance absolue à son chef. Au Mexique, en revanche, les plaignants évoquent une impunité persistante, alimentée par des relations étroites entre la hiérarchie religieuse et des responsables politiques, notamment au sein du parti au pouvoir, Morena.
L’arrivée récente d’Ernestina Godoy à la tête du FGR, soutenue par la présidente Claudia Sheinbaum, n’a pas rassuré les victimes. Elles critiquent l’absence de consultation et dénoncent une décision prise sans dialogue ni transparence. Malgré leurs démarches répétées, Martin et Guzmán affirment avoir été confrontés à l’inaction et aux obstacles administratifs. Et elles s’interrogent : « le Mexique est-il devenu un refuge pour des crimes poursuivis ailleurs » ?
(Source : El País, 16.04.2026)
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