Sur les réseaux sociaux, la haine des femmes gagne du terrain. Derrière des discours virilistes et des promesses de « reprise de pouvoir », une nébuleuse masculiniste séduit et radicalise une partie des jeunes hommes. En France, les signaux d’alerte se multiplient.
La misogynie en ligne n’est plus un phénomène marginal. Portée par des influenceurs aux centaines de milliers d’abonnés, elle s’impose dans les fils d’actualité, mêlant provocations, théories antiféministes et banalisation des violences sexuelles. Sous couvert de dénoncer une prétendue « crise de la masculinité », ces discours installent un climat de défiance et de haine envers les femmes.
Dans leur sillage, de plus en plus de jeunes hommes basculent. Exposés à des contenus répétitifs et viraux, certains glissent progressivement vers une vision radicalisée du monde. Dès 2022, la Miviludes alertait sur des « stages de masculinité » à l’idéologie violente, capables d’exercer une véritable emprise mentale.
Les faits divers récents donnent un visage concret à cette dérive. Féminicides précédés de discours haineux, projets d’attentats visant des femmes, ou encore implication de figures issues de groupes masculinistes : autant de signaux faibles devenus impossibles à ignorer.
Au cœur de ce phénomène, trône une galaxie de communautés en ligne, la « manosphère ». Forums privés, groupes Telegram ou Discord, contenus payants… Ces espaces fonctionnent en vase clos et rassemblent des milliers d’adeptes. On y promeut des concepts comme la « red pill », censée révéler une vérité cachée sur les femmes, ou encore des théories visant à contrôler leur sexualité.
Dans ces cercles, les limites reculent vite. Le consentement est contourné, la domination masculine valorisée et la violence parfois encouragée. Certaines branches, comme les « incels », cultivent une haine profonde, allant jusqu’à glorifier des tueurs misogynes.
Le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il s’inscrit dans une mécanique d’embrigadement. Après plusieurs mois d’immersion, le journaliste Pierre Gault décrit une désensibilisation progressive face à des propos extrêmes. Isolement, perte de repères, influence des leaders… « Tout concourt à enfermer les membres dans une bulle idéologique ». Au-delà de la misogynie, ces communautés flirtent souvent avec le complotisme, mêlant fantasmes antiféministes, discours anti-LGBT et théories conspirationnistes. Une convergence qui renforce leur pouvoir d’attraction. Face à cette montée en puissance, les institutions commencent à réagir. Chercheurs et journalistes appellent à une prise de conscience collective. L’enjeu est clair : empêcher que ces discours, nés en ligne, ne continuent de nourrir des violences bien réelles.
(Source : France Bleu, 26.03.2026)
A lire aussi sur le site de l’Unadfi : Une idéologie radicale qui menace droits et libertés : https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/internet-et-theories-du-complot/une-ideologie-radicale-qui-menace-droits-et-libertes/?highlight=masculinisme
