Du réveil américain aux cultes exubérants 

Né au début du XXᵉ siècle en Amérique du Nord, le pentecôtisme s’est imposé en quelques décennies comme l’un des phénomènes religieux majeurs de l’époque contemporaine. En 2020, le World Christian Center estimait à 644 millions le nombre de pentecôtistes dans le monde.

« Le pentecôtisme est le seul exemple dans toute l’histoire d’une communauté religieuse qui passe de zéro à 500 millions de membres en moins de cent ans », relevait le théologien suisse Walter Hollenweger. La dynamique est particulièrement forte dans les pays du Sud. En Amérique latine, longtemps façonnée par le catholicisme, comme en Afrique, le mouvement est désormais visible jusque dans les sphères du pouvoir. Des chefs d’État tels que Jair Bolsonaro au Brésil ou Lazarus Chakwera au Malawi illustrent cette montée en influence d’un christianisme capable de mobiliser des masses de fidèles… Et d’électeurs.

Le pentecôtisme trouve ses racines dans les grands « réveils » protestants du début du XXᵉ siècle. À Topeka, en 1901, puis à Azusa Street, à Los Angeles, en 1906, des expériences de glossolalie et des cultes exaltés donnent naissance à un mouvement où « l’expérience l’emporte sur la doctrine ». Dirigée par le pasteur William Seymour, fils d’esclaves, la mission d’Azusa Street réunit Noirs, Blancs et Latinos dans un multiculturalisme inédit pour l’époque.

Cette capacité à toucher des publics très divers repose sur un prosélytisme intense, une forte mobilisation émotionnelle et une grande plasticité culturelle. Le pentecôtisme s’adapte à « l’individualisme postmoderne » tout en intégrant des pratiques anciennes comme l’exorcisme ou la guérison divine. Sa théologie de la prospérité constitue l’un de ses moteurs. « C’est une offre thérapeutique à bien des égards », analyse l’historien et sociologue des religions Sébastien Fath. « Il s’agit de guérir le corps, voire le porte-monnaie, de proposer une forme de prospérité par le Saint-Esprit ». Et dans des contextes marqués par le retrait de l’État, cette promesse rencontre un écho particulier. « Le pentecôtisme est un peu le dernier espoir de populations qui se sentent abandonnées », poursuit le chercheur.

Mais ce succès n’est pas sans ambiguïtés. La proximité avec les cercles du pouvoir, les risques d’abus et certaines dérives sectaires fragilisent le mouvement. Sa croissance ralentit dans des pays comme le Nigeria ou le Brésil. Dans certaines Églises néo-pentecôtistes, « le cœur de la dynamique protestante n’est plus là », observe Sébastien Fath. « Parfois, c’est la parole du prophète qui est au cœur du système et non plus la Bible ». Ce glissement ouvre la voie à « un christianisme de type prophétique », poursuit-il, « marqué par l’émergence de figures charismatiques se présentant comme les messagers d’une nouvelle ère ».  

(Source : Le Point, 01.01.2026)

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  • Auteur : Unadfi