Phénomène emblématique des milieux charismatiques, le parler en langues, ou glossolalie, continue de diviser. Pour les uns, il constitue « une preuve du Saint-Esprit ». Pour les autres, une illusion, voire une dérive.
Défini comme la capacité supposée de s’exprimer dans une langue inconnue, ce parler en langues apparaît surtout lors de cultes religieux. Deux formes sont distinguées : la xénoglossie, lorsque la langue existe réellement, et la glossolalie, lorsqu’il s’agit d’un langage incompréhensible. Mais « en l’absence d’expert qualifié, il est impossible de savoir si on a affaire à une langue connue », souligne un spécialiste.
Historiquement, le phénomène est indissociable de la naissance du pentecôtisme au début du XXe siècle aux États-Unis. « Ils furent tous remplis d’Esprit saint et se mirent à parler en d’autres langues »… Inspiré de ce récit biblique de la Pentecôte, il est d’abord perçu comme un outil missionnaire miraculeux. Une interprétation rapidement nuancée. Les premières expériences, loin de correspondre à des langues identifiables, relèvent d’un « langage totalement inconnu ». Dès lors, le parler en langues est redéfini comme un langage spirituel. « Celui qui parle en langues ne parle pas aux hommes, mais à Dieu », affirme le Nouveau Testament. Pour les pentecôtistes, il devient ainsi une bénédiction et un signe distinctif de l’expérience religieuse.
Mais cette lecture ne fait pas l’unanimité. Certains courants protestants y voient une pratique suspecte, voire une « séduction démoniaque ». D’autres adhèrent au « cessationisme », estimant que les manifestations extraordinaires de l’Esprit ont cessé avec les premiers temps du christianisme.
Du côté de la science, plusieurs hypothèses coexistent. Trouble psychique, don divin, état de transe ou apprentissage social… Aucune explication ne s’impose. Les chercheurs notent toutefois que le phénomène s’inscrit dans un cadre précis. « Les fidèles sont mis en condition pour entrer en transe, ce qui démontre une liturgie très codifiée ». Certains avancent aussi l’idée d’un apprentissage progressif. « La glossolalie peut s’apprendre », affirment des observateurs, décrivant un « jeu de l’esprit » favorisant l’intégration au groupe. D’autres y voient une expression de l’imaginaire, une forme de langage permettant de dire « des choses qui ne peuvent pas être dites dans un langage ordinaire ».
Enfin, loin d’être toujours vécue comme une expérience mystique, la glossolalie peut devenir une pratique banale. « C’est presque un loisir, quelque chose pour se détendre », confient certains pratiquants.
Entre expérience spirituelle, construction sociale et objet d’étude scientifique, le parler en langues semble au final demeurer un phénomène insaisissable.
(Source : Réformés, 13.03.2026)
