Ils affirment ne pas « contracter » avec la République, rejettent l’autorité des institutions et contestent la légitimité même de l’État. Longtemps marginal, le mouvement des Citoyens souverains gagne en visibilité en France et attire l’attention des autorités.
Le mouvement des Citoyens souverains trouve ses racines dans l’Amérique des années 1970. Ses adeptes estiment que l’État est une entité commerciale illégitime et que chacun peut s’en affranchir en refusant les « contrats implicites » qui le lient à l’administration. En France, ces thèses ont été adaptées, mêlées aux discours antivaccins, anti-Europe et antisystème, et largement diffusées par Internet et les réseaux sociaux. Leur argumentaire repose sur un vernis juridique, une mauvaise interprétation de textes, des références détournées et une croyance en l’existence de failles légales permettant d’échapper aux lois. Certains vont jusqu’à se doter de faux documents via des « juridictions parallèles » en ligne. Selon les renseignements, plusieurs dizaines de milliers de personnes en France adhéreraient, à des degrés divers, à ces thèses portées par une nébuleuse de groupuscules appelés One Nation, CNT, Réseau Solaris ou encore Safac-J. La Miviludes ne les classe pas comme mouvement sectaire, mais les surveille.
« Un mouvement poreux, sans chef, nourri par les réseaux »
Pour Rudy Reichstadt, fondateur de Conspiracy Watch, il ne s’agit ni d’une organisation structurée ni d’un courant politique identifiable. « Le point commun, c’est la contestation radicale du système et la volonté de justifier, par des arguties pseudo-juridiques, l’idée qu’on ne doit rien à l’État », explique-t-il. Selon lui, le Covid a servi d’accélérateur, les mesures sanitaires coercitives ayant fourni un carburant idéal aux mouvances contestataires. Et Internet joue un rôle central. « Chacun fait son marché idéologique, parfois jusqu’à basculer dans une forme de monde parallèle ».
Si la majorité reste dans une contestation verbale ou administrative, certains profils glissent vers l’isolement, le survivalisme, voire la préparation à l’affrontement. Les exemples étrangers, comme l’assaut du Capitole aux États-Unis ou des projets de coup d’État en Allemagne, nourrissent les inquiétudes. Les citoyens souverains ne représentent qu’une minorité, mais leur progression interroge. Souvent implantés en zones rurales ou périurbaines, ils incarnent une défiance profonde envers le pouvoir central et les institutions. Leur discours, imperméable à la contradiction, rend le dialogue difficile. « On est face à des personnes qui ont décidé qu’on ne les convaincra pas », résume Rudy Reichstadt. Si tous ne basculent pas dans l’illégalité, plusieurs affaires récentes montrent que, lorsque la contestation se mue en certitude complotiste, les conséquences peuvent devenir très concrètes, pour l’ordre public comme pour les familles.
(Source : L’Est Républicain, 08.02.2026)
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