Un documentaire qui interroge sur notre propre vulnérabilité

Arte a remis en ligne jusqu’à début janvier 2026, La tribu et le gourou – Gaïaland, une série documentaire de 2022 qui retrace la dérive sectaire d’une communauté écologiste née dans les années 1970. À partir d’archives rares et de témoignages d’anciens adeptes, la série raconte comment Ecoovie est passée d’une utopie hippie à une expérience d’emprise destructrice orchestrée par son leader, le Québécois Norman William, alias Pierre Maltais.

En 1984, le groupe entame un tour du monde à pied. Peu à peu, sous l’influence d’un gourou mythomane et manipulateur, la communauté s’enferme dans un huis clos idéologique fait de mensonges, d’abus sexuels, de domination masculine et, à terme, de mort, jusqu’à son errance dans le cercle polaire finlandais. La série propose une plongée en quatre épisodes dans les mécanismes de la manipulation sectaire et leurs échos contemporains avec le complotisme.

Coréalisatrice du documentaire, Yvonne Debeaumarché explique avoir volontairement évité de centrer le récit sur la figure du gourou. Le parti pris est clair : donner la parole aux anciens adeptes, raconter l’histoire de l’intérieur et montrer, étape par étape, comment l’emprise s’installe. La « lune de miel » initiale, la promesse d’un sens global et rassurant, puis le glissement progressif vers la perte d’esprit critique constituent le fil narratif de la série.

Le documentaire met également en lumière les parallèles entre pensée sectaire et complotisme : vision paranoïaque du monde, opposition entre un « nous » et un ennemi extérieur, récits qui simplifient la complexité du réel. Une mécanique qui, selon la réalisatrice, trouve aujourd’hui un terrain démultiplié avec les réseaux sociaux.

Enfin, Gaïaland explore les failles sociales et intimes dans lesquelles s’engouffrent ces récits : marginalisation des préoccupations écologiques à l’époque, défiance envers les institutions, blessures personnelles exploitées par un leader charismatique. Sans juger, la série montre aussi la complexité du « après », la difficulté à se reconstruire, la persistance d’une nostalgie pour des moments vécus comme authentiques, et l’empreinte durable de l’emprise psychologique.

Plus qu’un récit du passé, le documentaire se veut un outil de compréhension du présent, invitant le spectateur à s’interroger sur sa propre vulnérabilité face aux discours de manipulation. 

(Source : Conspiracy Watch, 16.12.2025)

A lire aussi sur le site de l’Unadfi : Mes rapports avec Ecoovie : https://www.unadfi.org/wp-content/uploads/2024/03/Mes-rapports-avec-Ecoovie-Temoignage-1.pdf

  • Auteur : Unadfi