Le virage spirituel de l’un des complotistes les plus influents de France

Pour le dernier article de sa série sur le complotisme, le journal Nice Matin s’est penché sur le parcours de Laurent Gouyneau, l’une des figures du complotisme français, plus connu sur internet sous le nom de Laurent Freeman. Ce dernier s’est fait un nom sur la toile grâce au site Stop Mensonge qu’il a fondé en 2012.

Stop mensonge a été pendant de nombreuses années l’un des plus importants sites francophones relayant des théories du complot. Y figurait les théories conspirationnistes les plus connues comme celles sur les Illuminati, le 11 septembre 2001 ou le Nouvel ordre mondial… En 2018 il recevait près d’un million de visites par mois.

En 2019, un tournant spirituel s’opère, et le site est rebaptisé Lumière sur Gaïa. Lui aussi connaît un fort engouement sur la toile avec 450 000 visites par mois en 2020, mais il y est davantage question d’éveil et de méditation. Même si les théories complotistes y figurent encore, il propose surtout des « cours en miracles »1 et des ateliers spirituels via zoom auxquels il est possible d’accéder pour 12 euros. L’argent est reversé à l’association Bem Haja, une communauté centrée sur le bien-être et la quête de vérité installée au Portugal.

Lorsqu’il a lancé Stop mensonge en 2012, Laurent Freeman n’était pas un novice sur la toile : en 1997 déjà, il avait créé un site internet immobilier dont l’ambition était de toucher une vingtaine de pays. Ne trouvant pas d’investisseurs français, il s’était installé aux Etats-Unis. Durant la même période, il s’inscrit sur Meetup, une plateforme de réseautage social où il « étanche sa soif de savoir » et mène « une quête de vérité ». C’est peut-être là qu’il tombera dans le complotisme ?

On ne sait pas grand-chose sur son retour en France, mais après un court passage, en 2020, à Breil-sur-Roya (04), il rejoint le Portugal avec ses fidèles.

Interrogé par Nice Matin sur son parcours complotiste, celui qui clamait en 2016, dans le journal Society, être « un résistant au même titre que Dieudonné » et se réclamait des thèses du militant négationniste Robert Faurisson, explique dorénavant : « Je ne regarde pas les médias depuis bien longtemps et ne me sens concerné en rien de tout cela. »

Désormais, installé dans la vallée du Douro au Portugal où il a acquis deux terrains, le premier en octobre 2021 et le second en mars 2022, il guide les gens vers le « réveil de la conscience Christique ».

Dénommée Bem Haja la communauté ambitionne de devenir semi-autonome. Ses membres prévoient de construire des infrastructures pour recevoir des visiteurs, ainsi que des habitations pour les résidents permanents.

Le parcours de Laurent Freeman a amené Nice Matin à s’interroger sur la frontière entre complotisme et dérives sectaires. En effet, son projet rappelle celui de One Nation, observe Conspiracy Watch et pourrait s’inscrire dans la mouvance des Citoyens souverains dont l’objectif est de vivre en marge de l’Etat.

Depuis 2014, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) n’a reçu que trois saisines sur Laurent Freeman et son site.

Pour l’Union nationale des Associations de défense des Familles et de l’Individu victimes de sectes (Unadfi) : « Chacun a le droit d’avoir ses croyances », toutefois « le problème c’est quand elles deviennent un danger pour le vivre-ensemble ». L’association note également une « convergence inquiétante entre marché du bien-être, crise sanitaire, théories du complot et dérives sectaires ». 

(Source : Nice Matin, 12.03.2022)

Lire sur le site de l’Unadfi : A Course in Miracle » une bible New Age : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/a-course-in-miracle-une-bible-new-age/

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