Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, une opération militaire américaine menée à Caracas a conduit à la capture de Nicolás Maduro et de Cilia Flores, tous deux extradés vers les États-Unis pour y être inculpés, notamment de narcoterrorisme et trafic de cocaïne, devant un tribunal fédéral de New York. Si les médias ont largement braqué leurs projecteurs sur les arcanes du pouvoir vénézuélien, peu en revanche évoquent les relations du couple avec le gourou indien Sathya Sai Baba.
Bien avant d’accéder au sommet de l’État, Nicolás Maduro et Cilia Flores ont effectué un voyage à Prasanthi Nilayam, l’ashram principal de Sathya Sai Baba à Puttaparthi en Inde. C’était en décembre 2005. À l’époque, Maduro était ministre des Affaires étrangères et Flores présidente de l’Assemblée nationale du Venezuela. Il ne s’agissait pas d’une visite officielle, mais d’une démarche personnelle. Ils voulaient « rencontrer le maître spirituel » raconte Infobae dans un article daté du 4 juin 2019. Les images rares de cette visite montrent Maduro assis au sol, aux pieds de Sai Baba, dans une posture de dévotion. Une scène presque incongrue si on la replace dans le contexte politique vénézuélien de l’époque. Cilia Flores, selon plusieurs sources, était déjà une adepte déclarée de Sai Baba avant d’être l’épouse du futur président. C’est elle qui aurait introduit Maduro à ces enseignements spirituels.
Une foi familiale
Une des traces les plus tangibles de cette influence spirituelle est la présence d’un grand portrait de Sathya Sai Baba dans le bureau privé de Nicolás Maduro au palais de Miraflores à Caracas, à côté de ceux des révolutionnaires Simón Bolívar et Hugo Chávez. Cette juxtaposition d’un maître spirituel indien avec des icônes de la révolution bolivarienne a fait couler beaucoup d’encre. Selon le Sunday Guardian, durant les périodes de troubles politiques, notamment les tentatives de coup d’État et les manifestations de grande ampleur, Flores aurait encouragé Maduro à puiser sa force dans les enseignements de Sai Baba. Au fil du temps, cette croyance serait devenue une foi familiale partagée, malgré l’intensification de la surveillance internationale. Pour des observateurs du régime, ce portrait symbolisait la coexistence d’un pouvoir politique autoritaire avec une quête de guidance spirituelle personnelle, un mélange paradoxal entre idéologies révolutionnaires et croyances mystiques.
La reconnaissance officielle d’un maître spirituel
Quand Sathya Sai Baba est mort en avril 2011, le gouvernement vénézuélien est allé plus loin que de simples hommages personnels. Sous l’égide de Maduro, alors ministre des Affaires étrangères, l’Assemblée nationale a adopté une résolution officielle de condoléances et a déclaré une journée de deuil national en son honneur, reconnaissant sa « contribution spirituelle à l’humanité »… Un geste unique en Amérique latine rappelle Moneycontrol dans un article du 5 janvier 2026. Et ce geste institutionnel sans précédent illustre à quel point la connexion spirituelle n’était pas seulement intime, mais avait trouvé une expression dans les institutions de l’État.
Plusieurs centres et organisations affiliés à Sathya Sai Baba ont d’ailleurs pu fonctionner librement au Venezuela, alors même que le gouvernement limitait l’activité d’autres organisations internationales. Ces centres, parfois axés sur l’éducation aux « valeurs humaines » et les services sociaux, ont grandi sous la bienveillance tacite du régime. Cette situation a valu au mouvement une position particulière au sein du pays. « Au point que le Venezuela est considéré comme l’un des pays avec l’une des plus grandes communautés de dévots de Sai Baba en Amérique latine » souligne The New Indian Express dans un article du 4 janvier 2026 rappelant que « la création du premier centre Sai à Caracas date de 1974 ».
Une mise en scène pour assoir une autorité contestée
La connexion de Cilia Flores et de Maduro à cette figure spirituelle n’est pas restée exempte de critiques et d’interprétations divergentes. Certains analystes voient dans cette foi une véritable boussole morale personnelle, sensée guider un couple politique souvent confronté à des crises et des situations extrêmes. D’autres, au contraire, y voient une mise en scène symbolique, un récit mythique susceptible d’asseoir l’autorité d’un pouvoir contesté. Selon certains éléments rapportés par des journalistes vénézuéliens, cette dimension spirituelle s’est même mêlée à d’autres pratiques ésotériques à l’intérieur du cercle proche du pouvoir. « Ce qui ajoute une couche de symbolisme à une politique déjà très polarisée » résumait Todo Noticias dans son édition du 11 juillet 2019.
Un gourou aux deux visages
Figure spirituelle parmi les plus influentes de l’Inde contemporaine, Sathya Sai Baba (1926-2011) a bâti un empire spirituel mondial. Se présentant dès l’adolescence comme la réincarnation d’un saint vénéré, il prônait une doctrine simple fondée sur cinq valeurs : vérité, droiture, paix, amour et non-violence, tout en rejetant officiellement la politique et les clivages religieux.
Sa notoriété s’est construite autour de miracles supposés qui ont fasciné des millions de fidèles à travers plus de 130 pays, mais aussi suscité de vives critiques de la part d’observateurs sceptiques. Son mouvement a développé un vaste réseau d’hôpitaux et d’établissements scolaires gratuits, renforçant son image de gourou philanthrope. Mais à partir des années 1990, des accusations d’abus sexuels et de dérives sectaires, relayées par plusieurs enquêtes journalistiques occidentales, ont assombri son aura, sans toutefois donner lieu à des condamnations judiciaires de son vivant. Cette ambivalence, saint pour les uns, imposteur pour les autres, l’a accompagné jusqu’à sa mort.
A lire sur le site de l’Unadfi : Quand la CIA s’accommodait de Sai Baba : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/quand-la-cia-s-accommodait-de-sai-baba/?highlight=SAi%20Baba
(Sources : Infobae 04.06.19, Money Control 05.01.26, New Indian Express 04.01.26, Todo Noticias 11.07.19)
