Des principes de laïcité bousculés par la réalité 

Consacrée dès la naissance de la République en 1889 puis réaffirmée par la Constitution de 1988, la laïcité brésilienne impose à l’État de ne financer ni de se lier à aucune Église. Oui, mais…

Ce principe, porté à l’origine par les élites républicaines et franc-maçonnes de la fin du XIXᵉ siècle, visait surtout à garantir la liberté religieuse et à desserrer l’emprise de l’Église catholique. Dans les faits, la frontière entre religion et institutions reste poreuse. L’enseignement religieux demeure obligatoire dans les écoles publiques et financé par l’État. Dans l’arène politique, l’influence des confessions chrétiennes ne cesse de croître. L’ascension de Jair Bolsonaro a marqué un tournant. Baptisé en 2016 par un pasteur et étroitement allié des Églises évangéliques, l’ancien président a renforcé leur poids dans les institutions, malgré les zones d’ombre entourant sa propre conversion. Face à cette montée en puissance, le Parti des travailleurs (PT) entretient une relation ambivalente avec les milieux religieux, oscillant entre alliances tactiques et défense d’un État laïque.

Cette influence contraste avec la situation des religions afro-brésiliennes comme le candomblé et l’umbanda. Bien que minoritaires, leurs adeptes, héritiers de traditions mêlant cultures africaines, indigènes et catholicisme, sont de plus en plus ciblés par des violences, notamment de la part de groupes évangéliques radicaux, sans protection renforcée de l’État pourtant garant de la liberté de culte. Ainsi se dessine une laïcité « à la brésilienne », officiellement solide mais continuellement mise à l’épreuve par le poids historique et politique du christianisme, les rapports de force contemporains et les discriminations persistantes envers les religions minoritaires. 

(Source : Radio France, 10.12.2025)

  • Auteur : Unadfi