Les maladies infectieuses traînent depuis toujours leur lot de fantasmes et de théories complotistes. Si la connaissance peut renforcer l’esprit critique, les spécialistes reconnaissent que la bataille contre la désinformation reste loin d’être gagnée.
Pendant la pandémie de Covid-19, Leonard Hayerdahl, anthropologue à l’Institut Pasteur, a étudié les rumeurs au sein du projet européen Recover. Selon ses travaux, la croyance que les vaccins contenaient des micropuces touchait jusqu’à 20 % des personnes interrogées en Ukraine et 12 % en France. Ces discours sur le « contrôle démographique », le « contrôle social » ou la « rente sanitaire » ne sont pas nouveaux puisqu’« on les retrouvait déjà lors des épidémies de peste, de choléra ou d’Ebola », rappelle le chercheur.
Pour Sylvie Briand, scientifique en chef à l’OMS, les rumeurs épidémiques obéissent à des schémas récurrents. « Il faut les identifier et les faire connaître avant les crises », insiste-t-elle, plaidant pour une réponse empreinte d’empathie et de clarté face aux peurs souvent ignorées des populations. « Restaurer la confiance reste essentiel, mais ardu ».
Sur les réseaux sociaux, la désinformation prospère. Gilles Brachotte, chercheur en sciences de la communication, observe que « plus un message est émotionnel, plus il circule ». Les logiques algorithmiques d’engagement contredisent la démarche scientifique. La viralité prend le pas sur la vérité. Avec l’essor des intelligences artificielles génératives, il redoute une « fragmentation de la santé publique » et la fin d’un discours de prévention commun.
La santé est devenue un champ politique et moral, où les opinions sur la vaccination ou la nutrition servent d’étendard social. Et les contre-vérités, parfois orchestrées par des armées de robots, compliquent encore le paysage. Pour y faire face, Gilles Brachotte pilote le projet Belzeebot, qui vise à détecter les stratégies de manipulation en ligne. D’autres initiatives existent, comme Canal Détox de l’Inserm, pour démonter les fake news santé. Mais elles restent dispersées.
Fin août, le ministère de la Santé a lancé une mission d’expertise pour coordonner la lutte contre « l’obscurantisme et la désinformation en santé ». Son rapport est attendu d’ici la fin de l’année.
(Source : Ouest-France, 31.10.2025)
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