L’Unesco alerte sur les lacunes des enseignants face à l’antisémitisme  

À l’occasion de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah, l’Unesco a publié, ce 27 janvier, une étude inédite sur la manière dont les enseignants de l’Union européenne appréhendent l’antisémitisme. Si la majorité d’entre eux se disent conscients de l’importance du sujet, l’enquête révèle des difficultés persistantes à identifier certaines formes contemporaines de haine antijuive.

L’antisémitisme progresse en Europe et l’école n’y échappe pas. C’est l’un des constats dressés par une étude de l’Unesco publiée ce 27 janvier, fondée sur les réponses de 2 030 enseignants issus des 27 États membres de l’Union européenne. Toutes disciplines confondues, 78 % des professeurs interrogés déclarent avoir déjà été confrontés à un incident antisémite en classe. « L’antisémitisme est en croissance continue depuis des décennies, et il a explosé depuis le 7 octobre 2023 », souligne Karel Fracapane, coordinateur de l’étude et chef d’équipe « mémoire et lutte contre les discriminations » à l’Unesco. « Il n’est donc pas surprenant que la majorité des enseignants aient été témoins de tels incidents ».

Si l’objectif de l’enquête n’était pas de mesurer précisément la prévalence de l’antisémitisme à l’école, elle met en lumière un décalage préoccupant entre la perception des enseignants et leur capacité à y répondre. Ainsi, 71 % estiment qu’il est important que leurs élèves soient sensibilisés à l’antisémitisme. Mais nombre d’entre eux peinent à reconnaître certains énoncés antisémites. 13 % des répondants considèrent par exemple que l’affirmation « les juifs contrôlent la finance mondiale » n’est pas antisémite, tandis que 24 % jugent que cela dépend du contexte. « Malgré leur sentiment de confiance, les enseignants peuvent rester passifs face à des propos antisémites, ne pas les identifier ou les minimiser », observe Karel Fracapane.

L’étude montre également que l’antisémitisme est majoritairement abordé à l’école dans le cadre du cours d’histoire consacré à la Shoah. Une approche jugée insuffisante par l’Unesco. « L’antisémitisme ne doit pas être pensé uniquement à travers le prisme d’un génocide », insiste le coordinateur de l’étude. « Il s’inscrit dans le temps long et prend aujourd’hui des formes spécifiques, notamment complotistes, qu’il faut savoir reconnaître ».

La question de la formation des enseignants apparaît centrale. La plupart d’entre eux déclarent n’avoir reçu qu’une formation liée à la mémoire de la Shoah, sans volet spécifique consacré à l’antisémitisme contemporain. Seuls deux pays, la France et l’Autriche, font figure d’exception. « Là où existent déjà des structures, des financements et des experts, il est plus facile d’agir », explique Karel Fracapane, citant notamment le rôle du Mémorial de la Shoah en France.

Selon l’Unesco, les réticences politiques et la crainte des polémiques, notamment autour d’Israël, freinent encore une prise en charge plus large du sujet. Dans certains pays où la présence juive est devenue marginale, l’antisémitisme est parfois sous-estimé. « Même en l’absence de communauté juive, les théories du complot antisémites persistent. C’est un signal d’alerte sur l’état du vivre-ensemble et des principes démocratiques », prévient-il. 

(Source : Le Monde, 27.01.2026)

  • Auteur : Unadfi