L’église baptiste d’un pasteur condamné à huit ans de pénitencier bénéficie encore d’avantages fiscaux

En décembre 2022, le pasteur Claude Guillot a été reconnu coupable de 18 chefs d’accusation, notamment de voies de fait, séquestration et harcèlement, pour des actes commis entre 1982 et 2014 contre cinq garçons âgés de 4 à 20 ans.

Les victimes ont décrit des violences répétées : coups, privation de nourriture et d’eau, humiliations et punitions extrêmes. Plusieurs de ces abus se sont déroulés dans une école clandestine que le pasteur avait installée dans le sous-sol de sa résidence à Québec et Victoriaville. L’Église évangélique baptiste de Québec-Est continue malgré tout de bénéficier du statut d’organisme de bienfaisance accordé par le gouvernement fédéral. Entre 2020 et 2024, elle a délivré des reçus fiscaux pour plus de 150 000 dollars de dons. Selon les registres officiels, Guillot demeure président de l’organisation dont l’adresse correspond à l’une de ses résidences. (et l’adresse de celle-ci correspond à une résidence dont il est copropriétaire.)

L’une de ses victimes, Josh Seanosky, dénonce l’absence de mécanismes rapides permettant de suspendre ces avantages accordés à des organismes dirigés par des personnes reconnues coupables de crimes graves. Il estime que les autorités fiscales font preuve d’un manque de fermeté à l’égard de certains organismes religieux.

Il souligne également qu’il s’agit du deuxième cas récent, soulevant des questions sur la surveillance des organismes religieux. Quelques jours auparavant, la presse avait révélé que l’église fondée par Paul Mukendi, condamné pour agressions sexuelles et actuellement en fuite au Congo, conservait elle aussi la possibilité d’émettre des reçus fiscaux et avait même bénéficié de subventions publiques.

De son côté, l’Agence du revenu du Canada confirme que l’Église évangélique baptiste de Québec-Est est toujours enregistrée comme organisme de bienfaisance, sans fournir davantage de détails tant qu’aucune mesure de révocation ou de suspension n’est prise.

Claude Guillot a récemment tenté d’obtenir une semi-liberté ou une libération conditionnelle, demande refusée par la Commission des libérations conditionnelles. Les commissaires ont conclu qu’il ne manifestait ni remords ni empathie, qu’il refusait de reconnaître sa responsabilité et présentait encore un risque de récidive violente. Une évaluation psychologique évoque notamment un trouble de la personnalité narcissique. À 75 ans, Guillot continue de justifier ses actes en affirmant qu’il suivait alors sa propre interprétation de la parole de Dieu et qu’il agirait de la même manière si les circonstances devaient se reproduire.

(Qub, 03.06.26)

  • Auteur : Unadfi