Un essor discret  

À Spokane, dans l’État de Washington, l’Église de Gaïa ressemble à bien des lieux de culte américains. À ceci près qu’au cœur du rituel, les membres consomment de l’ayahuasca, un breuvage psychédélique classé parmi les substances interdites au niveau fédéral. Pour ses responsables, il ne s’agit pas d’une expérience récréative mais d’un sacrement spirituel.

Longtemps cantonnées à la clandestinité, les églises psychédéliques commencent à obtenir une reconnaissance légale. Depuis les années 2000, seules quatre organisations avaient réussi, au terme de longues batailles judiciaires contre la Drug Enforcement Administration (DEA), à faire reconnaître leur droit d’utiliser ces substances au nom de la liberté religieuse, protégée par la loi fédérale RFRA (Religious Freedom Restoration Act).

L’Église de Gaïa marque un tournant. Elle est la première à avoir obtenu une exemption officielle en déposant directement une requête auprès de la DEA, sans passer par les tribunaux. Un processus de près de trois ans, durant lequel l’église a dû suspendre ses activités pour prouver que l’ayahuasca serait utilisée exclusivement dans un cadre religieux.

Selon des avocats spécialisés, trois nouvelles pratiques psychédéliques ont été reconnues au cours de la seule dernière année, soit plus de la moitié de tous les cas validés à ce jour. Entre 2016 et janvier 2024, la DEA a reçu 24 demandes similaires, signe d’un intérêt croissant.

Ce mouvement s’inscrit dans un contexte plus large. La jurisprudence évolue, les revendications autour de la liberté religieuse se renforcent et de nombreux Américains se détournent des religions traditionnelles au profit de formes de spiritualité alternatives. D’après le Pew Research Center, quatre Américains sur dix se disent aujourd’hui plus spirituels qu’auparavant, tandis que moins d’un quart se disent plus religieux.

Les experts estiment qu’il existe désormais plus de 500 églises psychédéliques à travers le pays, la plupart opérant encore illégalement. Certaines utilisent l’ayahuasca mais d’autres consomment des champignons hallucinogènes, du LSD, de la MDMA ou des substances plus récentes.

Ces pratiques restent risquées. Les responsables religieux vivent sous la menace constante de perquisitions. Dans l’Utah, le fondateur du mouvement Singularism, qui utilise la psilocybine lors de ses cérémonies, a été arrêté après l’infiltration d’un agent. Son église a, depuis, engagé une bataille judiciaire qui pourrait faire d’elle la première « église champignon » légalement reconnue aux États-Unis. Et cette dynamique pourrait encore s’accélérer. Certains juristes estiment que l’accent mis par l’administration Trump sur la protection des droits religieux pourrait favoriser une interprétation plus souple de la loi pour ces groupes. 

(Source : The Guardian, 25.12.2025)

  • Auteur : Unadfi