À Washington, un grand rassemblement soutenu par plusieurs figures de l’administration Trump a illustré la place croissante du nationalisme chrétien dans la vie politique américaine. Organisé sous le nom de « Rededicate 250 », cet événement mêlait prières, chants patriotiques, discours religieux et références explicites à la fondation chrétienne supposée des États-Unis.
Parmi les intervenants figuraient notamment le ministre de la Défense Pete Hegseth, le président de la Chambre des représentants Mike Johnson, ou la télévangéliste Paula White. Donald Trump lui-même est intervenu par vidéo depuis la Maison Blanche.
Le ton de la manifestation était marqué par l’idée d’une « guerre spirituelle » menée pour défendre l’âme de l’Amérique. Plusieurs discours présentaient les États-Unis comme une nation fondée sur des valeurs chrétiennes aujourd’hui menacées par des idéologies jugées progressistes, mondialistes ou hostiles à la religion.
L’événement mettait également en scène une forte imbrication entre patriotisme et religion. Se mêlaient drapeaux américains, slogans « Make America Great Again », musique chrétienne et références aux Pères fondateurs. Plusieurs fidèles affirmaient voir en Donald Trump un dirigeant prophétique.
Le sociologue Sam Perry estime que cette mobilisation illustre la montée d’un nationalisme chrétien assumé, et que l’administration Trump promeut une vision de l’identité américaine associée au christianisme blanc et aux racines européennes du pays. Il souligne qu’il est inhabituel de voir des membres du gouvernement participer aussi directement à ce type d’événements religieux à forte portée politique.
D’autres chercheurs, comme Julie Ingersol, rappellent que ni la Constitution américaine ni la Déclaration d’indépendance ne définissent officiellement les États-Unis comme une nation chrétienne. Ce type de rassemblement tendrait à marginaliser les citoyens non chrétiens en présentant le christianisme comme l’identité légitime des « vrais Américains ».
Les soutiens du mouvement rejettent l’expression « nationalisme chrétien », qu’ils considèrent comme péjorative. Ils dénoncent les critiques cherchant à réduire au silence les croyants conservateurs et leur influence dans l’espace public.
Au-delà de la dimension religieuse, le trumpisme s’appuie sur un imaginaire mêlant identité nationale, conservatisme moral, défense des traditions chrétiennes et opposition aux transformations culturelles contemporaines. Pour ses partisans, il s’agit de restaurer une Amérique fidèle à ses origines ; pour ses critiques, d’utiliser la religion comme instrument politique au service d’un projet identitaire et nationaliste.
(Sud-Ouest, 18.05.26)
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