À l’approche du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, l’historien Neal Blough analyse les racines historiques et religieuses du soutien d’une partie importante des évangéliques blancs à Donald Trump. Pour lui, ce vote s’inscrit dans une longue histoire mêlant protestantisme, nationalisme, rapport au pouvoir et tensions raciales.
Selon l’auteur, il faut distinguer les évangéliques blancs du reste du monde évangélique américain, beaucoup plus divers sur les plans ethnique, social et politique. Il rappelle que l’idée d’une mission divine des États-Unis est ancienne. Héritée en partie du puritanisme, elle a nourri la conviction que l’Amérique constituait un « peuple choisi » chargé d’une mission particulière dans l’histoire. Cette vision s’est renforcée au XIXe siècle avec l’idéologie de la « destinée manifeste », associant identité américaine, protestantisme et expansion nationale.
À cette dimension religieuse s’ajoute un fort courant populiste et anti-élites qui, développant une méfiance envers les institutions intellectuelles, les universitaires et les experts, s’est développée dans certains milieux protestants. La contestation de la théorie de l’évolution a également nourri une méfiance envers les savoirs scientifiques, prolongée aujourd’hui par des positions antivaccins ou climatosceptiques.
Blough insiste également sur le poids de l’histoire raciale américaine. Dans le Sud, de nombreuses Églises ont soutenu l’esclavage puis la ségrégation. Cet héritage a contribué à ancrer une forme de suprématie blanche dans certains courants évangéliques.
Il évoque aussi l’influence du dispensationalisme, courant théologique centré sur la fin des temps et le retour du Christ. Cette vision pessimiste du monde favorise la méfiance envers les institutions internationales, le multilatéralisme ou les projets perçus comme « mondialistes ». Elle rejoint ainsi les thèmes de l’« America First » défendus par Donald Trump.
Le trumpisme évangélique résulte donc de plusieurs dynamiques convergentes : nationalisme religieux, héritage racialiste, conservatisme moral, rejet des élites et inquiétude face aux transformations culturelles. Donald Trump apparaît alors moins comme un modèle religieux que comme un instrument politique destiné à défendre une certaine vision de l’Amérique chrétienne.
L’historien oppose cette logique à la tradition mennonite et anabaptiste, historiquement attachée à la séparation entre foi et pouvoir politique, à la non-violence et à une distance critique envers le nationalisme. Il estime enfin que les Églises multiculturelles et certains courants évangéliques internationaux offrent aujourd’hui des alternatives à cette fusion entre religion et identité nationale.
(Regard Protestant, 18.05.26)
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