Visée depuis plusieurs années par une enquête internationale pour des abus sexuels sur mineurs, Two by Twos, secte chrétienne ultra-discrète, est aujourd’hui aussi accusée de dissimuler l’ampleur de sa fortune. Des survivants réclament des comptes et exigent que l’argent, estimé à des centaines de millions de dollars, serve enfin à indemniser les victimes.
Ses adeptes l’appellent Two by Twos, la Vérité ou la Voie. Elle n’a pas de nom officiel, pas de structure juridique claire et pas de comptes publics. Cette communauté chrétienne fondée en Irlande à la fin du XIXe siècle cultive la discrétion. Mais le silence qui l’entoure se fissure.
Présente en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis, la secte fait l’objet d’une enquête du FBI pour des allégations d’abus sexuels sur mineurs remontant parfois à plusieurs décennies. En parallèle, près de 300 témoignages ont été recueillis en Australie et en Nouvelle-Zélande par la ligne d’assistance The Brave Truth, qui évoque environ 200 agresseurs présumés. Toutes les accusations n’ont pas été jugées, mais l’ampleur des signalements alarme.
Selon ces témoignages, le mouvement fonctionne grâce à un réseau opaque de dons, d’héritages et de trusts privés. Des documents obtenus par ABC montrent que ces fonds servent à financer des propriétés, des assurances et même des enquêtes internes. Un site de congrès en Nouvelle-Galles du Sud a ainsi été vendu 1,55 million de dollars en 2024. Officiellement, la transaction aurait été gérée par des administrateurs indépendants. Les dirigeants assurent que les « travailleurs », ces ministres itinérants qui prêchent par paires, ne contrôlent ni les fonds ni les actifs.
Les survivants, eux, parlent d’un système conçu pour diluer les responsabilités. L’organisation Wings for Truth estime que des milliers de trusts liés au mouvement pourraient exister dans le monde, pour des actifs cumulés dépassant potentiellement 500 millions de dollars.
« Ils doivent cesser de dire qu’ils n’ont pas d’argent », martèlent d’anciens membres. Faute de structure officielle reconnue, certains survivants affirment ne pas pouvoir accéder au programme national australien d’indemnisation des victimes d’abus institutionnels.
Face à la pression, les dirigeants affirment avoir transmis les documents nécessaires pour intégrer le dispositif de réparation et imposent désormais à leurs ministres des formations sur la protection des enfants ainsi que des vérifications d’antécédents. Pour les victimes, le temps presse. Leur combat dépasse la reconnaissance morale. Il porte désormais sur la traçabilité d’une fortune qui ne peut plus rester dans l’ombre.
(Source : ABC, 10.01.2026)
A lire aussi sur le site de l’Unadfi : Plus de 200 personnes suspectées d’abus sexuels identifiées : https://www.unadfi.org/prevention/aide-aux-victimes/demander-de-laide/plus-de-200-personnes-suspectees-dabus-sexuels-identifiees/
