La Communauté de l’Emmanuel  

Implantée à L’Ile-Bouchard en Indre-et-Loire, la communauté de l’Emmanuel, fondée il y a cinquante ans, revient sur le devant de la scène avec le projet « Monasphère » pour la construction de 17 logements réservés à ses membres.

Fondée en 1972 par deux laïcs, ce groupe de prière du Renouveau charismatique, mouvement né aux Etats-Unis dans les années 60, s’inspire du pentecôtisme américain. Aujourd’hui il compte 11 500 membres dont la moitié en France. La Fraternité de Jésus, noyau dur et bras armé de la communauté, prône une pratique religieuse soutenue et un engagement à vie au service de la communauté. Le recrutement des membres se fait surtout dans la haute bourgeoisie et l’aristocratie.  Parmi les anciens dirigeants, on trouve Gérald Arbola, numéro 2 du groupe Areva.

Les membres sont invités à faire des dons pour financer l’œuvre, créer des écoles, réaliser des éditions ou agir dans les quartiers.

Si la communauté n’est pas traditionnaliste au sens liturgique, elle est conservatrice sur les sujets de société : revalorisation du père de famille, soutien à la Manif pour tous ou aux thérapies de conversion. Des associations d’aide aux victimes ont alerté la conférence des évêques de France, interpellées sur des motifs d’abus spirituel, éloignement de jeunes de leur famille, détournements de fonds. Une enquête est en cours auprès de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Louis-Etienne de Labarthe, directeur de la communication, réfute ces accusations de dérives, d’emprise ou d’abus, arguant du fait qu’il n’a connaissance d’aucune plainte, que les craintes exprimées relèvent d’une méconnaissance et que l’on peut facilement sortir de la communauté si on le souhaite.

La construction d’un quartier, le Clos Saint-Gabriel, un hameau de 17 maisons destinées à la communauté, est par ailleurs lancée à l’Ile-Bouchard, « au cœur de la Touraine, sous le voile de la Vierge et à l’ombre de l’Ange » comme il est annoncé sur le site. Derrière ce projet, on trouve « Monasphère », une agence immobilière créée en 2020 par un ancien directeur de sanctuaire et un musicien de Notre-Dame de Paris, deux jeunes entrepreneurs qui ont choisi un emplacement près de l’église Saint-Gilles lieu de supposées apparitions de la Vierge en 1947. Les premiers résidents sont attendus pour 2024.

Le projet divise localement population et élus, entre la suspicion que provoque ce repli communautaire et les opportunités de développement que pourrait apporter la construction. 

(Sources : La Nouvelle République, 13.01.2022 et 12.02.2022)