L’obsession du bien-être

« Que ce soit dans la publicité, les magazines ou les ouvrages de développement personnel, on nous propose tous les jours du bien-être en prêt-à-porter. À l’aspiration légitime au bonheur s’est substituée l’idéologie du confort. Comment la quête du bien-être s’est-elle imposée dans nos modes de vie ? Symptôme d’une recherche de compétitivité dans une société obsédée par la mesure permanente de la satisfaction, le bien-être est devenu une arme d’intensification du capitalisme.
Fouillé et argumenté, cet ouvrage interroge ce nouveau diktat et y voit une mutation anthropologique fondamentale de l’Occident. » (D’après l’éditeur)

Dans la presse

Devenu un objet marketing, le bien-être semble s’être substitué au bonheur. Et pourtant, « alors que le bonheur est un état durable qui induit l’idée de désir, d’attente et de perspective, le bien-être est une émotion passagère qui est essentiellement sensorielle ». Benoît Heilbrunn, philosophe1, décrypte cette importante nuance à travers les questions que lui a posées Figarovox.

Pour ce philosophe l’idée que « liberté rime avec bonheur » a été portée par les Lumières, qui estimaient que le libre choix était la condition sine qua non du bonheur. Force est de constater pourtant que le bonheur n’est pas un domaine dans lequel l’homme a significativement progressé depuis le XVIIIe siècle …

Le capitalisme a trouvé une alternative : la marchandisation du bien-être. Mais ce marketing fragilise psychologiquement les individus, il leur présente en permanence l’écart existant entre le désir et la réalité, les conditions d’existence désirées et les réelles. Il laisse penser que le bonheur peut s’acheter mais il s’agit d’« un tour de passe-passe » qui en renforçant le sentiment d’insatisfaction relance le désir de consommation. Ainsi l’injonction au bien-être serait un subterfuge de la société de consommation.

Le bien-être est pourtant devenu une notion clé dans les entreprises et plus grave encore dans certaines instances publiques. Ainsi l’Organisation mondiale de la santé le considère dans ses dimensions physique, psychologique et sociale. « La conséquence de cette extension du domaine du bien-être est une psychologisation à outrance de la notion » qui devient un objectif inatteignable de toute politique publique de santé et de société.

Benoît Heilbrunn pense que la croyance selon laquelle les entreprises pourraient se préoccuper du bonheur de leurs salariés est un mythe. « Le bien-être a avant tout une valeur marchande ». C’est un moyen « d’accroître l’efficience et la productivité des salariés », permettant de désamorcer toute velléité de revendication. Le bien-être fabrique une société n’opposant plus de résistance.

L’idéologie du bien-être est une des conséquences de l’orientalisation de l’Occident, orchestrée notamment par le New Age qui postule une spiritualisation de l’existence. Pour les adeptes de « cette religion », le sacré serait présent en chacun, en toute chose de l’existence. Ne croyant pas à l’immortalité, ils se focalisent sur la longévité et le New Age est un terreau idéologique propice à tout ce qui pourrait y contribuer.

L’emprise du bien-être nous plonge dans un monde où tout se vaut, un monde qui délite l’individu « au sens où l’autonomie de jugement, la pensée critique et la résistance caractériseraient justement ce qu’est un individu ».

« Le bien-être comme seul horizon, c’est le ferment de la tyrannie », prévient Benoît Heilbrunn, le « capitalisme émotionnel a définitivement renoncé au bonheur comme projet de société » auquel aspiraient les philosophes des Lumières.

(Source : Le Figaro, 16.02.2019)

  • Auteur : Benoît Heilbrunn
  • Editeur : Robert Laffont
  • Date de publication : 14/02/2019