Que sait-on de ? Falun Gong

Bulles N°72, janvier 2002.

La pratique de la roue de la loi

Le 30 mai « Yahoo actualité » cite Amnesty International : « Le régime chinois a intensifié l’an dernier les persécutions religieuses particulièrement à l’encontre des bouddhistes au Tibet et des musul-mans au Xinjiang, dans la foulée de la répression du Falun Gong ».

Mais qu’est exactement le Falun Gong ? Est-ce un mouvement spirituel digne de ce qualificatif ? Ou est-ce un mouvement dangereux, c’est-à-dire présentant des tendances manipulatoires et totalitaires ?

Si nous réprouvons la répression des mouvements religieux surtout lorsque cette répression utilise des méthodes portant atteinte à l’intégrité physique des fidèles , nous nous refusons à conclure qu’elle constitue une garantie de non nocivité.

Ainsi, Anthony Spaeth, dans Time Magazine écrit :

  • que les déclarations présentant le mouvement comme n’ayant pas de structure organisationnelle, comme étant apolitique et pacifique, deviennent difficiles à « avaler »,
  • que le mouvement est devenu beaucoup moins innocent qu’un club pratiquant une « technique de respiration ».

De même, L’actualité des religions du 01/09/99 cite une remarque de Raphaël Liogier, membre de l’Observatoire du religieux, pratiquant de longue date du Qi Gong : «Le gourou de Falun Gong est en contradiction avec l’univers multiforme du Qi Gong, son enseignement s’apparentant plutôt à un totalitarisme spirituel cultivant le culte de la personnalité au nom du Qi Gong.»

Devant ces interrogations et déclarations, il apparaît nécessaire de proposer un début d’analyse.

Le projet de Li Hongzhi, fondateur du Falun Gong, prend ses racines dans la tradition chinoise qui, partant d’un terreau chamanique, a été fortement structurée par le taoïsme et le bouddhisme. Si la plaquette en français du mouvement (16 pages) propose des exercices traditionnels du Qi Gong entrecoupés de courtes méditations, le projet du « Maître » est de faire adhérer des pratiquants à une « culture de l’esprit et du corps » qui permet (grâce à l’intercession du Maître) un développement physique et spirituel dont l’objectif est la sagesse et « l’éveil » et qui parallèlement transforme les cellules de votre corps en cellules pérennes faites de « haute énergie ».

Le développement personnel de chacun est en fonction de sa vertu, c’est-à-dire du respect de l’éthique de Falun Gong dont les mots clés sont :
 

Vérité, Compassion, Patience,

et auxquels il faut ajouter le renoncement à certaines satisfactions de notre monde comme le renom et le gain, le renoncement à l’esprit d’attachement et à l’esprit de jalousie, le respect de la vie qui nous entoure.

Alors l’adepte progressera jusqu’à l’obtention d’une relative pérennité (bonne santé, éventuel allongement de sa durée de vie programmée) jusqu’à l’obtention de pouvoirs surnaturels tels que la lévitation, la télékinésie ; un pouvoir de vue à grande distance, dans le passé et l’avenir grâce au 3ème Œil. Mais attention, le pouvoir de lévitation n’est que potentiel et les autres pouvoirs ne doivent pas êtres utilisés car ils troubleraient le monde des « gens ordinaires » et cette utilisation ne serait pas compatible avec l’éthique du mouvement.

Ainsi le projet de Li Hongzhi est fait de vertu et de belles promesses. Chacun est libre d’y adhérer et d’y croire. Notre souci à l’UNADFI est d’analyser si ce mouvement peut présenter des dangers pour certains adeptes. Pour ce, nous retenons, entre autres, cinq caractéristiques marquantes.

1. Le projet du mouvement, sa nature, ses objectifs, son affichage organisationnel, son manque de clarté.
 

  • Le projet spirituel est voilé sous un habillage de Qi Gong.
  • Le maître se réclame du bouddhisme mais déclare que l’homme actuel ne peut plus se cultiver et pratiquer en utilisant la loi bouddhique.
  • Le mouvement prétend ne pas avoir de hiérarchie mais il possède une organisation très performante animée par de nombreux bénévoles dévoués au Maître. Il y avait avant la répression en Chine, 1900 stations d’instruction ; aux Etats-Unis, presque tous les Etats bénéficient d’une infrastructure ; Paris et sa banlieue possèdent 13 lieux de pratique.

2. Le Maître est un Etre d’exception.
 

  • Dès l’âge de 4 ans il a reçu la sagesse de maîtres venus d’autres univers !
  • Lui seul, aujourd’hui, transmet publiquement la loi juste !
  • C’est lui qui permet au fidèle vertueux de transformer les cellules de son corps en haute énergie.

3. Le Maître maintient les fidèles vertueux en bonne santé afin de leur permettre d’approfondir leur spiritualité.

4. Même si les fidèles vertueux ne peuvent utiliser leurs pouvoirs surnaturels, la notion reste alléchante, certains sont persuadés que leur santé s’améliore, que les effets de l’âge sur leur corps s’atténuent (cheveux blancs, taches de vieillesse, ménopause).

5. Le Maître suggère aux pratiquants de maîtriser progressivement leurs sentiments conjugaux et parentaux (ce sont des attachements !), et de les remplacer par de la compassion, celle que nous avons pour notre prochain !

Nous sommes donc conduit à conclure que l’adhésion à Falun Gong peut présenter certains dangers pour l’équilibre d’adeptes et pour leur bonne insertion dans la société.

Ces dangers sont liés aux promesses faites par le « Maître » dans son livre bleu, mais aussi à une conception de la vie individuelle, familiale et sociale relativement éloignée de nos habitudes occidentales.