Version imprimablePDF version

Sectes et humanitaire : à l’assaut de la détresse !

Sous couvert d’assistance et de soutien aux victimes du tremblement de terre à Haïti, plusieurs mouvements sectaires ont accouru sur les lieux, tentant une nouvelle fois de tirer bénéfice de la situation de détresse et de vulnérabilité des victimes.

Evoqué à plusieurs reprises dans nos publications, ce phénomène est devenu systématique. Les mouvements sectaires investissent les lieux de catastrophes naturelles, mais aussi d’accidents collectifs ou d’attentats, afin de se livrer à un prosélytisme « opportuniste » : Tchernobyl en 1986, attentats du World Trade Center en 2001, inondations dans le midi de la France de 2002 et 2003, tsunami en Asie du Sud-Est en 2004, etc.

Ces drames offrent à plusieurs groupes, derrière le masque d’organisme humanitaire, l’occasion d’élargir leur territoire et d’étendre leur pouvoir pour récupérer de nouveaux adeptes. Ces interventions sont aussi motivées par le besoin d’acquérir une honorabilité et une respectabilité.

En mettant en scène leurs adeptes, ces mouvements veulent donner l’image d’une organisation salvatrice. Ils disposent pour cela d’importants moyens humains et financiers qui leur permettent de se faire ostensiblement remarquer des victimes et des observateurs extérieurs.

Ils jouent avec la fragilité des victimes qui, ayant perdu leurs repères, sont en demande urgente d’aide. Elles accordent plus facilement leur confiance et ne cherchent pas à connaître l’origine de la main qui leur est tendue. Par la suite, se sentant redevables, elles exprimeront le besoin de remercier et de conserver des liens avec leur « sauveur ». C’est à ce moment, alors que la victime est déjà mise en état de faiblesse par la situation, que la secte va introduire la notion d’aide spirituelle. Elle va initier la victime à sa doctrine en lui expliquant par exemple que les catastrophes sont les prémices de la fin du monde, une punition divine.

La secte va ainsi œuvrer à la reconstruction de « ses proies » selon ses propres préceptes : « la société est mauvaise, nous vous offrons un monde meilleur… Suivez nous »

Nombre d’articles sont parus dans la presse évoquant ce phénomène à Haïti :

Les missionnaires à l’assaut de Haïti

Depuis le séisme, des centaines de prêcheurs de toutes confessions affluent en masse à Port-au-Prince. Ils sont censés venir en aide aux sinistrés… sauf que parmi eux, l’on trouve nombre d’illuminés et des religieux ou organisations aux pratiques sectaires. Ils sermonnent, évangélisent, baptisent mais surtout… ils agacent. « Qui sont-ils ? Comment sont-ils venus ? Quels comptes rendent-ils ? » demande une infirmière haïtienne venue de Montréal, alors qu’un diplomate compare cette affluence à un « déluge ». Ces « missionnaires de la pitié » sont venus par les airs, engorgeant l’aéroport tenu par les Américains dès le deuxième jour et retardant l’arrivée, parfois de 48 heures, de stocks vitaux de médicaments » tempête un médecin haïtien. La plupart débarquent de la Bible Belt, la « ceinture de la Bible »… Haïti est une terre de prédilection depuis des années pour des organisations évangéliques américaines qui y ont ouvert des orphelinats, des écoles et des églises.

Dans le contexte du séisme, les missionnaires « habituels » ont été remplacés « par une armada de serviteurs du Dieu venus des quatre coins des Etats-Unis » et qui agissent en marge des secours officiels ! Ainsi des « croisés » emmenés par Crisis Response International (CRI), un groupe fondamentaliste, ont leur quartier général à la Quisqueya School. Sur le site internet du groupe, le fondateur, Sean Malone, présente ses « missionnaires prophétiques de la fin des temps » déployés dans les situations de crise. Les fidèles sont même invités à s’inscrire dans des camps d’entraînement « express » afin d’être déployés dans l’île dans les semaines qui viennent…

Sur place des américains évangéliques appartenant à l’église la plus puissante de Port-au-Prince, l’Eglise du Rocher, ne dissimulent pas leur objectif qui reste : convertir Haïti au christianisme. Le dirigeant de cette église déclare que ses valeurs vont à l’encontre du vaudou et de la sorcellerie, semblant oublier que le vaudou est culturel.

Tous ces prêcheurs rendent les Haïtiens « coupables » de la catastrophe et cela contribue à augmenter les délires mystiques et les problèmes psychiques. Certains Haïtiens prient sans arrêt, jusqu’à la folie.

De son côté, la Scientologie n’est pas demeurée en reste et ses « ministres volontaires », repérables à leurs T-shirts jaunes « impeccablement repassés », sont arrivés dès le 16 janvier 2010 « avant même plusieurs équipes de secours étrangères » ! A leur descente d’avion, un bus les attendait, alors « que des groupes de sauveteurs cherchaient désespérément, trois jours après le tremblement de terre, un moyen de locomotion pour se déplacer dans Port-au-Prince » !

Les « ministres volontaires » ont été rejoints le 25 janvier 2010 par l’acteur John Travolta qui avait affrété un Boeing 707 lui appartenant. Celui-ci a atterri avec quatre (ou six… Les chiffres diffèrent d’un article de presse à l’autre…) tonnes de denrées alimentaires et une quinzaine de scientologues « prêts à convertir Haïti ». Selon le journal canadien «La Presse», le Boeing de l’acteur aurait réussi à atterrir à Port-au-Prince, alors que près de 800 avions, parfois officiels, se trouvaient sur une liste d’attente…

Pour couronner le tout, un reportage télévisé, « Complément d’Enquête », diffusé sur France 2 le 22 février, s’est attaché à nous montrer des Témoins de Jéhovah investissant Port-au-Prince, et, qui, à peine arrivés, font d’une salle du royaume leur quartier général. Parmi eux, un médecin à la retraite, Jean-Luc Piré, déclare que le séisme est l’un des signes avant-coureurs (avec la délinquance, la guerre, les violences, les incivilités, la maladie…) des « derniers jours », en d’autres termes de « la fin d’un système de choses », ajoutant que les Témoins de Jéhovah ne connaissent pas la date exacte de l’apocalypse mais que « c’est pour bientôt » .

Sources : Libération, 27.10.2010 & www.24heures.ch/Rodrigo ABD/AP, Jean-Cosme Delaloye, 28.01.2010 & Service Documentation UNADFI & Complément d’enquête, « Les prêcheurs d’apocalypse » ; France 2, février 2010 & www.lejdd.fr, 27.01.2010 & 7sur7, 23.01.2010 & www.24heures.ch, Jean-Cosme Delaloye, 28.01.2010


Posté le 26 Mars 2010

Copyright © 2006 UNADFI. Tous droits réservés. Les textes ou ouvrages mentionnés sont propriété de leurs auteurs respectifs.

Les mentions légales - Les conditions générales d'utilisation - Les conditions générales de vente

 

Association reconnue d'utilité publique, agréée par les Ministères de l'Education Nationale et de la Jeunesse et des Sports, membre associé de l'Union Nationale des Associations Familiales (UNAF)

Dernière modification le 15 novembre 2017