Arrêtez de décoder !

Professeur de sciences de l’information et de la communication à l’Université de Bourgogne, l’auteur se livre ici à une enquête critique dans l’univers des « gourous de la communication » qu’il nomme « bonimenteurs ».

Dans un style non dénué d’humour, voire d’ironie, l’essai s’annonce comme un débat d’idées et une controverse alliant « polémique et rigueur ».

Son investigation porte essentiellement sur l’édition d’ouvrages dont les thèmes récurrents et à succès tournent autour de la gestuelle et du non verbal pour apprendre à lire le corps comme « à livre ouvert » ; or, ce qui n’est pas dit, c’est que cet apprentissage suppose le contrôle et l’ascendant sur autrui jusqu’à en faire un « totalitarisme de l’intimité selon une logique terroriste ».

Ces bonimenteurs qui éditent ont été formés et comme dopés dans les années 80 grâce à l’offensive des néo psychologies : analyse transactionnelle (AT) et programmation neurolinguistique (PNL) leur ont enlevé tout complexe. Devenus très opérants dans la formation continue, l’entreprise étant pour eux un terrain d’expérimentation pour le développement personnel, ils prétendent « transformer des gens ordinaires en gens extraordinaires ».

L’auteur critique une psychologisation outrancière (relayée par medias et institutions), des « modélisations simplistes » faisant entrer l’espèce humaine dans des tiroirs dont le bonimenteur serait le seul à détenir la clé, le refus pour ces « chantres du tout à l’ego » de tenir compte du contexte social et environnemental de l’individu. D’autre part, il récuse le prétendu caractère de scientificité de ces écrits qui cherchent leur légitimité dans un lointain passé, pré scientifique, et ne sont pour lui que « prose démagogique mystico ésotérique anti rationaliste à tendance new age ». Du « sophisme au mensonge avéré », sous couvert de bons sentiments, les bonimenteurs seraient vraiment porteurs d’un nouvel obscurantisme.

Pascal Lardeiller illustre ses propos par un véritable cas d’école selon lui : la synergologie ou grammaire gestuelle qui édicte qu’il n’y a pas de lien entre la parole et le geste car ils sont forcément contradictoires… (gare au « délit de sale geste » !).

Au cours de cette « Exploration en Terre d’Absurdie et de Démagogie », l’auteur cite quelques-uns de ces bonimenteurs et gourous de la communication, connus ou moins connus, et se demande bien pourquoi leurs livres sont des succès de librairie.

Il avance, entre autres explications, un malaise dans la civilisation, un relent de l’air du temps qui fétichise le communicationnel, un anti-intellectualisme assumé, les modes médiatiques d’une culture adolescente (la « télé réalité »), l’éloge de l’intelligence pratique et de l’émotionnel contre le monde des idées… Ou encore, selon le psychanalyste Serge Tisseron, les lecteurs de ces livres « ont du bonheur comme en regardant une fiction ».

NDLR : Depuis trois décennies, cette littérature dénoncée par Pascal Lardellier se trouve en bonne place dans les vitrines des libraires. Mais alors qu’il était jusque là quasiment impossible d’en publier des critiques et antithèses, ou seulement pour un public restreint, un tel ouvrage ne serait-il pas, avec d’autres publications récentes, le signe que quelque chose est en train de bouger au pays des marchands de bonheur à tout prix et à tous prix ?
Auteur : 
LARDELLIER Pascal
Editeur : 
Les éditions de l’Hèbe (mars 2008)
Date de publication : 
Dimanche, 10 Octobre, 2010

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Dernière modification le 22 février 2018