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Rapport 2010 de la Miviludes

Dans son rapport rendu public le 15 juin 2011 la Miviludes met en garde contre la résurgence des discours apocalyptiques à l’approche du 21 décembre 2012, pointe les pseudo-thérapeutes ainsi que les méthodes censées guérir cancers et autres maladies réputées incurables, observe le développement « en réseau » des mouvements à caractère sectaire et livre le bilan 2010 de l’activité des ministères en matière de lutte contre les dérives sectaires.

L’intégralité du rapport est à lire sur le site de la Miviludes.



La presse et les médias se sont largement fait l’écho de cette publication et le président de la Miviludes, Georges Fenech, a répondu à plusieurs interviews. Faisant référence à la première partie du rapport, il explique que la Mission a travaillé plusieurs mois sur « la fin du monde » programmée à la date supposée du 21 décembre 2012 qui se base sur une interprétation d’un ancien calendrier maya le « Tzolkin ». A cette interprétation, s’ajoutent d’autres analyses pseudo-scientifiques farfelues qui s’évertuent à prédire l’imminence de la fin du monde.

En France, la Mission a identifié la présence d’un groupe New Age d’origine américaine, Ramtha qui prédit la fin « d’un monde » et annonce l’avènement d’une ère nouvelle. Depuis 2008, cette secte a élu domicile dans le village de Bugarach, dans l’Aude, village qui attire l’attention des médias nationaux et internationaux car il est censé échapper au cataclysme. Dans cette perspective, des familles ont acheté des terrains, construit des bunkers. Les services de l’Etat enquêtent actuellement dans les Pyrénées Orientales. Elles doivent se prononcer sur la légalité des constructions de bunkers. Le Secrétaire général de la Mission, Hervé Machi, demande comment les fonds nécessaires à tous ces travaux ont été récoltés.]] et prévu dès à présent des vivres. A la tête du groupe, Judy Judy Zebra Knight prétend être la réincarnation de Ramtha, un guerrier lémurien « qui aurait libéré son peuple de la tyrannie des Atlantes il y a 35.000 ans ».

La Miviludes s’est d’ores et déjà rendue à Carcassonne et à Perpignan pour sensibiliser les préfectures à cette thématique apocalyptique. Pour se prémunir contre d’éventuels suicides collectifs d’ici la fin 2012, la Mission mettra en place une cellule de veille sur internet avec les brigades spécialisées en cybercriminalité. Georges Fenech rapporte que la MIVILUDES a été confrontée à un phénomène relativement nouveau : un cas « d’emprise mentale virtuelle » par un certain « Flot-Rah », le gourou canadien d’un groupe New Age : « Conscience luminique de la maison de Sananda ». « Flot-Rah » communiquait par le biais de messages électroniques et avait ainsi réussi à mettre sous emprise des Françaises qui… avaient pris leurs dispositions avec les pompes funèbres et leur notaire « en prévision d’un suicide ». Les autorités canadiennes ont fermé le site internet de leur compatriote et, en France, une enquête est en cours au Parquet de Valence « pour provocation au suicide ».

Au-delà du folklore, reste que les sectes millénaristes ou apocalyptiques sont susceptibles de provoquer des dommages bien réels. Et les drames passés du Temple Solaire, de Néo-Phare ou de la Porte du Paradis à Waco (Etats-Unis) n’ont en rien freiné la
prolifération des mouvements apocalyptiques. Le rapport mentionne que ces groupes « sont plus aliénants et plus manipulatoires que les autres » car, avec la peur qui amplifie l’emprise, ils deviennent « plus hystérisés et plus fanatisés ». C’est en effet ce que raconte Dominique Lorenzato qui a passé vingt ans dans la communauté du gourou Robert Lé Dinh dit Tang, condamné l’an passé à quinze ans de réclusion criminelle pour viols et abus de faiblesse, peine contre laquelle il a fait appel. Dominique Lorenzato rapporte que ses capacités de discernement étaient annihilées et qu’il s’est trouvé embarqué avec vingt autres personnes dans de folles croyances telle
l’annonce de l’Apocalypse. Son épouse, elle aussi sous emprise, croyait non seulement que le gourou avait le pouvoir d’empêcher cette apocalypse mais que « des extraterrestres » emmèneraient les adeptes du groupe « ailleurs », le temps que la terre soit « nettoyée » et « purifiée du mal ».

La Miviludes publie par ailleurs une étude internationale sur cette thématique de l’apocalypse, réalisée grâce à la contribution de ses correspondants diplomatiques. Cette étude a été classée en trois parties : la première comporte les treize pays européens dans lesquels ce type de discours à été signalé, la seconde est consacrée aux USA et au Canada et enfin la troisième, à l’Australie et au Japon.

La Mission constate que les théories de fin du monde sont en augmentation aux USA et en Russie. Aux Etats-Unis, le traitement de la question sectaire reste limité. Les mouvements millénaristes ou apocalyptiques y fleurissent. Au Texas, le chef de la « House of Yhaweh », Yisrayl Hawkins, et ses adeptes attendent la destruction du monde tandis qu’au nord de l’Etat, le Culte des Objets volants non identifiés de Tchachapi présent également au Canada, en Suisse et au Liechtenstein, est considéré comme un mouvement à haut risque pouvant entraîner des suicides collectifs. D’autres groupes attendent l’apocalypse sans forcément la dater. Dans certains pays comme l’Espagne, l’Allemagne, les Pays Bas, l’Italie, les messages de fin du monde se multiplient. En revanche, ces derniers épargnent pratiquement toute la Scandinavie.

Le second volet développé dans le rapport de la Miviludes concerne les dérives dans le domaine de la santé et notamment dans le traitement des cancers. La Mission pointe des « pratiques non conventionnelles présentées comme étant thérapeutiques sous le nom de médecines alternatives, complémentaires, douces ou naturelles ». Jugées inefficaces et dangereuses, elles sont prescrites par des pseudo-thérapeutes qui profitent ainsi de la crédulité et de la situation de faiblesse de malades. Ces « thérapeutes » formés à diverses méthodes déviantes leur font courir de grands risques, en particulier lorsqu’ils les conduisent à se détourner de la médecine conventionnelle. Des « patamédecines » sont épinglées telles la
Médecine Nouvelle Germanique de Ryke Geerd Hamer et le biomagnétisme humain « inventé » par Jean-Marie Bataille. Dans un article de Sciences et Avenir, le journaliste Olivier Hertel commente la « conception du corps » très particulière, professée par ce même Jean-Marie Bataille. Pour ce dernier, en effet, le corps est constitué « de milliards d’électrons extrêmement petits, formant des atomes, lesquels s’organisent en cellules, tissus, organes, os, muscles, peau, nerfs, artères, veines, etc. »…

Au cours d’un entretien avec Alain Morvan du Républicain Lorrain, le président de la Miviludes, affirme que 3.000 pseudo-thérapeutes séviraient en France et que 60 % des malades du cancer seraient sensibles aux médecines alternatives… Compte tenu de cette situation, la Mission a convenu d’un partenariat avec l’Institut de lutte contre le cancer pour mener une campagne de sensibilisation par voie d’affichage dans les hôpitaux et les cabinets médicaux.

| INSTITUT NATIONAL DU CANCER

La Miviludes et l’Institut National du Cancer (Inca) mènent « une action de sensibilisation des patients atteints du cancer aux risques de dérives sectaires associés à certaines pratiques de soins ».
L’Inca a conçu un dépliant et une affichette de sensibilisation destinés aux patients, ainsi qu’à leurs proches. « Factuels », ces outils évitent l’écueil de la « diabolisation et de la dramatisation » pour lister les circonstances qui doivent conduire à être vigilant : quand les traitements classiques sont dénigrés, quand on recommande de les arrêter, quand on prétend agir simultanément sur le mental et le physique, etc…
Les deux outils d’information ont été élaborés collectivement par un groupe de travail rassemblant des représentants d’associations de patients, de fédérations hospitalières et du Conseil national de l’Ordre des médecins.

Pour plus d’informations, consulter le site. |

Enfin, le président de la Miviludes rappelle que, depuis 2009, un Groupe d’appui technique auprès du ministre de la Santé recense toutes les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique (PNCAVT). Enfin, ajoute-t-il, la mission publiera en fin d’année un guide pratique sur la santé.

A signaler également, un article du quotidien d’information en ligne des collectivités, Localtis.info, consacré à la « contribution » du ministère des Solidarités et de la Cohésion Sociale démontrant que les pouvoirs publics « ne sont pas restés inactifs » devant les risques de dérives sectaires impliquant des enfants. L’étude effectuée estime que les travaux menés jusqu’à présent permettent de situer, d’une part, « la gravité des problèmes rencontrés par les mineurs » et d’autre part, d’appréhender les difficultés propres aux professionnels de l’enfance. Ces travaux « conduisent à un recentrage des professionnels dans leur champ habituel, celui du droit commun ».

Pour arriver à ce résultat, les services du ministère ont organisé à partir de septembre 2009 et sur l’année 2010, une série de journées régionales de sensibilisation en direction des professionnels de l’enfance. La contribution du ministère évoque également le cas des pratiques sectaires sur les enfants handicapés, notamment les handicapés mentaux. Elle révèle l’existence de DVD en langue des signes[1]. Apparaissent également des approches « pseudo-thérapeutiques » relevant de la « communication facilitée »[2]. Enfin, la contribution du ministère alerte sur le fait que des organismes de formation susceptibles d’intervenir dans des établissements médicosociaux pourraient être un vecteur de pénétration des sectes.

Sources : Le Bien Public, 16.06.2011 & Localtis.info, 17.06.2011 & www.gazettteinfo.fr, 21.06.2011 & Le Figaro.fr, Angélique Négroni, 15.06.2011 & Charente Libre, 16.06.2011 & Sciences et Avenir, Olivier Hertel, 15.06.2011 & La Dépêche.fr, 16.06.2011 & TF1 News, 15.06.2011




[1] Note de l’UNADFI : les Témoins de Jéhovah ont adopté ce mode de prosélytisme « en langue des signes »…
[2] [Voir sur ce site, la communication facilitée


Posté le 17 Juin 2011

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Dernière modification le 17 mai 2018