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Risques sectaires pour les personnes âgées

Le secteur des personnes âgées est un terrain propice à l’infiltration de mouvements à caractère sectaire. Le risque n’est pas tant de voir un ancien rallier un mouvement « d’hurluberlus » selon un scenario ancré dans l’imaginaire collectif. Il s’agit davantage du risque d’emprise mentale, du risque de voir un groupe ou un individu commettre des actes préjudiciables à l’encontre d’une personne vulnérable. Ce risque encore mésestimé et méconnu doit être atténué au quotidien.


Cette problématique s’intègre à celle de la maltraitance des aînés, maltraitance le plus souvent psychologique et/ou financière avec appropriation des ressources par abus de confiance. Fragilisées par l’âge, l’isolement, le deuil, la maladie, l’altération de certaines capacités… les personnes âgées sont les proies de personnes malintentionnées pouvant exercer une influence abusive sur elles. Le domaine de la santé est aussi une autre porte d’entrée pour les atteindre. La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) en France ainsi que le CIAOSN (Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles) en Belgique s’accordent à dire que les promesses de mieux-être ou de guérison sont des armes très efficaces pour un nombre croissant d’organisations sectaires.


Dans les lieux d’hébergement pour anciens, les personnes extérieures représentent potentiellement le plus grand risque d’entrisme sectaire. Les bénévoles peuvent faire du prosélytisme pour leurs propres croyances ou pour un groupe. Mais les experts n’excluent pas que les soignants eux-mêmes puissent être influencés par des organisations sectaires dans le cadre d’une formation ou d’une conférence. Les directions sont alertées sur les risques liés à la formation du personnel, surtout lorsqu’il s’agit de bien-être ou de « développement personnel ». « Les professionnels peuvent véhiculer dans l’établissement [auprès des personnes âgées ou de leurs collègues] un discours, des théories ou des méthodes non reconnues, en lien avec le mouvement qui les a formés ». La Miviludes cite à titre d’exemple des résidents approchés par le groupe Mahikari, organisation japonaise prônant la purification et la guérison par la lumière divine.


L’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) est à l’origine de deux initiatives. Tout d’abord, elle a créé une formation continue spécifique destinée aux personnels soignants et aux cadres d’établissement, auxquels sont enseignés les processus de manipulation mentale, les facteurs de vulnérabilité et l’accompagnement d’éventuelles victimes.


La seconde initiative, un mémoire intitulé « Vieillir à l’abri des dérives sectaires » émet des recommandations pratiques pour la prévention et la gestion du risque sectaire dans les institutions. Ce document aide au repérage de dérives en s’appuyant sur un faisceau d’indices : changement d’habitude alimentaire ou vestimentaire, refus de soins ou du traitement médical habituel, rupture avec la famille, legs ou donations à des personnes physiques ou morales…


Ce mémoire recommande aux institutions de :


- Prêter une attention toute particulière à la religion, angle d’attaque assez classique de certains mouvements sectaires. Proposer un formulaire, lors de l’entrée du résident, afin de cerner ses pratiques et attitudes en matière religieuse.


- Cadrer l’intervention des associations de bénévoles via la signature d’un contrat de partenariat fixant les règles pour les intervenants.


- Se montrer attentif à tout signe trahissant des propositions dogmatiques, des remises en cause de pratiques professionnelles faisant consensus.


- Organiser l’information du résident et de sa famille sur les dérives sectaires et plus particulièrement sur le risque des thérapies non conventionnelles.


Un autre outil : la grille ODIVA (outil de dépistage et d’intervention des victimes aînés)1 cible principalement les personnes âgées vivant à leur domicile mais peut également permettre d’apprécier le niveau de danger encouru par un aîné placé en institution pouvant être exposé à des risques d’abus, de maltraitance ou de négligence.
Il est recommandé aux équipes dirigeantes d’inculquer à l’ensemble de leurs collaborateurs une culture de prévention et de créer des circuits de remontée de l’information. Elles doivent inscrire la vigilance contre les dérives sectaires dans le projet institutionnel.


(Source : Vie@home, février 2017)


1- Cet outil est le fruit d’une collaboration internationale francophone. Consulter cette grille : http://www.rifvel.org/documentation_rifvel/test.php


Posté le 14 Mars 2017

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Dernière modification le 15 novembre 2017