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Abus de faiblesse et autres manipulations

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Marie-France Hirigoyen, Editions JC Lattès, 2012

L’auteur est psychiatre, psychanalyste et victimologue. Elle consacre son cinquième ouvrage à l’abus de faiblesse [1], s’interrogeant sur les notions de consentement, de soumission et de liberté.

Le consentement d’une personne est-il toujours le signe d’un véritable accord ? Son consentement suffit-il pour dire que l’acte est licite ? Que dire de ces situations où l’abus de faiblesse n’est pas patent au niveau légal et donc ne peut pas être sanctionné mais où il y a eu « manipulation et violence psychique » ?

Marie-France Hirigoyen souhaite inciter le lecteur à la réflexion et l’amener à s’interroger « sur les limites de ce que chacun de nous peut accepter ». Son ouvrage se veut une aide au discernement dans des situations d’abus de faiblesse à la fois pour les victimes, les témoins et les professionnels. Elle l’émaille de très nombreux exemples, des « cas » de manipulation, de mensonge, d’imposture et d’abus de faiblesse.

En France, une loi réprime l’abus de faiblesse caractérisé par trois points : la vulnérabilité de la victime, la connaissance de cette vulnérabilité par la personne poursuivie et le fait que cet acte soit gravement préjudiciable à la victime. L’article L.223-15 du code pénal [2] établit que doivent être protégés les mineurs et tous les individus rendus vulnérables par l’âge, la maladie, une infirmité, une déficience…, ainsi que tous ceux en état de « sujétion psychologique ». Ce dernier point a été rédigé à l’origine pour protéger les victimes de sectes. Cette loi constitue une avancée considérable pour des personnes piégées dans une relation destructrice, mais les délits restent difficiles à prouver.

Les psychiatres reçoivent parfois des victimes qui essaient de « décrocher » d’une emprise mais, le plus souvent, il est trop tard quand elles réalisent qu’elles ont été « arnaquées » et « blessées ».
Il arrive aussi que les familles prennent les devants : « Notre enfant / notre sœur est sous emprise, nous ne la reconnaissons plus. Comment l’aider ? Que pouvons-nous faire ? ». Mais comment fixer la limite entre bien faire et trop faire pour protéger un proche ?

Etablir la valeur d’un consentement est délicat lorsque la personne ne présente pas de fragilité apparente mais se trouve « sous emprise ». La famille se sent isolée et impuissante. Ainsi en est-il de mères et de pères avec lesquels les enfants ont coupé les liens. L’auteur raconte l’histoire de Jeanne dont le fils est membre d’une secte depuis près de dix ans. Leurs derniers échanges épistolaires remontent à plusieurs années lorsque le groupe a rencontré des difficultés financières et que le gourou avait demandé aux adeptes de « récupérer de l’argent auprès des familles ». Jeanne avait refusé. Son fils avait alors rompu tout contact et lorsqu’elle écrit maintenant à son fils, « c’est un avocat qui répond, l’accusant de malveillance ». Les familles des adeptes se sont ensuite regroupées et après plusieurs années de doute, Jeanne s’est décidée à porter plainte pour abus de faiblesse.

Contrairement à la manipulation qui peut être ponctuelle, l’emprise s’installe dans le temps au point de créer « une véritable relation pathologique ». Ce type de relation peut advenir dans tout rapport humain dès qu’il existe « une interaction entre deux ou plusieurs individus ou groupes d’individus ». Elle peut s’exercer dans le couple, dans les familles, les institutions mais aussi dans les sectes…

L’accrochage d’un futur adepte par un gourou ou par ses représentants suit les « phases » de l’emprise : séduction, isolement, captation, culpabilisation. L’auteur s’interroge : à quel moment le libre arbitre devient-il dépendance psychique ? Pourquoi des adultes intelligents et cultivés se laissent-ils prendre ? Elle répond à cette dernière question par le fait que les personnes de très bon niveau intellectuel sont d’autant plus vulnérables qu’elles sont convaincues d’être rationnelles et donc capables de résister à la suggestion et à la manipulation.

Marie-France Hirigoyen reprend les résultats d’une étude : « Emprise et manipulation, peut-on guérir des sectes ? » dans laquelle l’auteur Jean-Claude Maes aboutit à la conclusion que « les adeptes sont le plus souvent névrosés, alors que les gourous sont le plus souvent états-limites, voire paranoïaques, bref à un niveau de développement affectif moindre ». Cette étude confirme que la plupart des anciens adeptes ont vécu, au cours de l’année précédant leur adhésion, un deuil réel ou symbolique. « Alors que leur moi était vulnérable, la rencontre avec la secte leur a offert des satisfactions immédiates, du maternage, une ligne de conduite toute faite »…

Dans sa conclusion, Marie-France Hirogoyen appelle chaque individu à la vigilance, non pour se méfier de tout et de tout le monde mais pour s’interroger sur les limites de ce qui lui paraît acceptable : qu’est-ce qui lui convient et qu’est-ce qu’il refuse ?


[1Son premier ouvrage, « Le Harcèlement moral » est à l’origine de la loi sanctionnant le harcèlement moral.

[2Loi du 12 juin 2001, dite Loi About-Picard.


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